Sentir son cerveau se vider. Laisser son regard aspirer les couleurs anémiées. Au bout de trente minutes, ne plus savoir de quoi ça parle. Se demander si vraiment dans le film qu’on regarde la tension sexuelle est portée par un genou. Laisser les maux de la semaine fuir sous son plaid, s’étirer, revenir au film, entendre l’autre à côté de soi souffler. Se demander pourquoi les khâgneux aiment tant la Nouvelle Vague. Faire shifumi pour savoir lequel on s’infligera après. Assumer qu’à coup de Sorbonnerie, de phonétique historique et de version latine sans dico on est devenue une sale bourge. Trouver que décidément Perceval est le meilleur Rohmer, passer pour une conne, persister. Ne pas comprendre pourquoi diable La Collectionneuse. Retourner le problème dans tous les sens, ne pas concevoir le lien entre les plans sur les reins d’Haydée et les dialogues intellectuels, ou plutôt ne pas saisir le rapport profond entre le cul et la philo, puis se souvenir de René Girard. Voir une jeune femme se disputer avec un courtier en art pour sauver d’une situation biscornue sa colocataire peintre, qui doit confier un tableau à ce dernier tout en respectant sa promesse de rester muette toute la journée. Regarder le comique de la scène s’étioler sous la diction ampoulée de Jessica Forde. Gigoter sur son canapé. Penser à Louis Garrel, se dire qu’il aurait bien joué le rôle du jeune premier dans le Conte d’été. Se demander si oui ou non Maud va baiser. Entendre Clément râler. Regarder les dix premières minutes de L’Amour l’après-midi, « ce film qu’on voulait voir depuis si longtemps », avoir une impression de déjà vu, regarder Clément, faire tomber le couperet à deux voix en même temps : « mais… on l’a déjà vu ». Ne plus se rappeler la fin, s’en ficher, envisager d’éteindre la télé. Se dire « quand même le mec est fort, il a réussi à adapter L’Astrée ». Se laisser bercer par le bruit des vagues, penser que ce n’est pas si mal pour méditer, avoir l’impression de s’anesthésier, encore bâiller, puis s’endormir doucement au son de la voix d’Arielle Dombasle.