Fragments, 27 mai 2026

Impression d’être un individu velléitaire. Tous mes projets sont si beaux dans mon esprit qu’ils le seraient moins si je les accomplissais. Pourtant, les amis, visiblement sans s’être concertés, me disent que j’ai fait énormément de choses ces quinze dernières années, beaucoup plus qu’eux. Les deux ne sont pas inconciliables : j’ai accompli très peu de mes projets, mais j’ai accompli beaucoup par impulsions. Tous mes projets sont là pour ne pas être accomplis, -seules les impulsions menèrent à mes véritables actions. ** Encyclique du pape sur l’intelligence artificielle. ** Le monde irait mieux si tout le monde lisais les … Continuer de lire Fragments, 27 mai 2026

Fragments, 25 mai 2026

Comme j’avais vu ce nombre dans un article concernant le Prix de la Vocation publié chez Cheyne, je croyais que les publications de poésie contemporaine, chez les éditeurs les plus en vue, tournaient autour de 2 000 tirages. On se fait parfois ce genre d’idées fausses, fondées par association. L’autre jour, entre deux Cuba-Libre, je demande à P. le tirage de son dernier livre de poésie, publié dans une collection reconnue. 800 tirages, dont 200 partis au pilon. J’ai alors pleinement mesuré à quel point le champ était mince, à quel point ce que j’aimais était dans une niche, presque … Continuer de lire Fragments, 25 mai 2026

« Vie intérieure »

Bernardo Soares n’est pas exactement Fernando Pessoa. Beaucoup de critiques et internautes, pour parler du narrateur du Livre de l’intranquillité, parlent de Fernando Pessoa, oblitérant une dimension du livre. De même, on parle encore de « Marcel » pour le narrateur d’À la recherche du temps perdu, absurdement : Proust a chassé toutes les références à son nom dans les livres publiés, en a simplement laissé deux dans La Prisonnière, non par volonté, mais parce qu’il est mort avant de pouvoir relire les épreuves. L’édition Christian Bourgois de « l’autobiographie sans événements » me paraît très satisfaisante (n’étant pas spécialiste de Pessoa, cet avis … Continuer de lire « Vie intérieure »

Jeu

Riens, délirants, savants, caviardagesans caviardage, une conventionde la transgression, pas de verbe, carpas d’action, que des objets, doncdu spectacle, du fétichisme, orgueilde mots posés qu’ils croient heureuxd’appeler poèmes, syntaxes, sainteaxiomatique, surtout ne rien dire, nerien penser, presque ne pas respirer(tu expires, CO2), ChatGPT nous donnela finale écriture automatique, tu ne sais plus ce qui est vrai, rien ne le fut,sers-toi un verre d’eau, plus d’alcool, c’est mal, soyez en bonne santé, çacoûte moins à la Sécu, dites merde et saloperie, pour prouver que ce n’estpas écrit par IA (hi-han), délirez, polissezimpolis, laissez faire la vie, l’énergie, brefles catégories sans concept, … Continuer de lire Jeu

Fragments, 14 mai 2026

Poésie contemporaine : un camp autour des métaphores et personnifications, un camp autour des ellipses et allusions. Dans les deux cas, amour de la brachylogie. ** Le vers libre n’est pas nécessairement un vers émancipé : si on n’y prend pas garde, il devient le vers libéral. ** Ovide, premier postmoderne. ** Un fragment nécessite une fragrance. ** Il se croyait un génie : il était ingénu. ** J’ai trop lu Nietzsche dans ma jeunesse pour ne pas rire quand je vois un intellectuel pérorer avec un implacable sérieux sur les « grands thèmes ». Ceux qui me font le plus rire … Continuer de lire Fragments, 14 mai 2026

Fragments, 12 mai 2026

Je fais quelque chose d’inhabituel : je relis les articles écrits sur le blog. Suis embêté par les coquilles et les répétitions. Je le fais pour reprendre de la matière : à deux reprises, on m’a encouragé à en faire un livre, autour de deux thèmes très différents. ** Deux lectures que j’attendais et commence ces jours-ci : 1° Amine Messal, Erreur sur la marchandise. Critique libérale du libéralisme. Il était temps que quelqu’un s’attelle à démontrer cette évidence : le néolibéralisme est illibéral, viscéralement autoritaire, en opposition complète avec le libéralisme classique, dont il usurpe le nom. 2° Élodie … Continuer de lire Fragments, 12 mai 2026

Couverture du livre "Chambre obscure" de Sandra Moussempès. La couverture est sombre, avec des figures peu discernables en clair-obscur.

Poésie du dimanche (32) : Sandra Moussempès, « Chambre obscura. Anthologie augmentée »

Sandra Moussempès possède déjà une œuvre large et reconnue, dans laquelle j’entre par des bords tardifs, un peu en queue de poisson. J’ai parlé ici, l’année dernière, de Sauvons l’ennemie. À la relecture, l’article me paraît court, consacré d’abord à … Continuer de lire Poésie du dimanche (32) : Sandra Moussempès, « Chambre obscura. Anthologie augmentée »

Fragments, 6 mai 2026

Tu mets les élèves en situation de brevet blanc, ils ont de mauvaises notes. Tu mets un devoir de même difficulté en classe, en disant : « Je ne ramasse les copies que de ceux qui le souhaitent et mets une note bonus, qui ne comptera que si elle fait augmenter la moyenne » : ils ont d’excellentes notes. Psychologie de base, que notre société tend à oublier. ** À chaque fois que je parle de mes lectures, il y a quelqu’un pour me demander comment je fais pour lire autant, parfois en sous-entendant que je survole. Ma réponse est toujours la … Continuer de lire Fragments, 6 mai 2026