[modernisation libre de trois rondeaux du poète]
Cycle du désabusé (suite)
Qui du monde ou de moi est le plus déréglé ?
XIX
Le monde est ennuyé de moi
Et moi pareillement de lui.
Je ne connais rien aujourd’hui
Qui m’importe vraiment en lui.
Et tout ce que mes yeux voient
N’est qu’ennui, ennui et ennui…
Le monde est ennuyé de moi
Et moi pareillement de lui.
Elle se vend cher, la bonne foi :
Personne n’en a à bon prix.
Et d’ailleurs, si je suis celui
Qui s’en plaint, on sait pourquoi :
Le monde est ennuyé de moi !
✵
« Cendre si lente du silence
La bal s’endort sans bras ni jambes »
XXXIII
Puis ça, puis là,
Et en haut et en bas
De plus en plus
Tout vient et va.
Tous on verra
Grands et menus
Puis ça, puis là,
Et en haut et en bas.
Vieux temps déjà
S’en sont courus
Neufs sont venus
Que Diable ! Que Diable !
Puis ça, puis là.
✵
Danse macabre
XLVII
Dans le manoir de dame Douleur,
Se tenait une lamentable danse ;
Je vis valser machinalement
Souci, Vieillesse et Déplaisance.
Le tambourin nommé Malheur
Ne jouait plus par ordonnance :
Dans le manoir de dame Douleur,
Se tenait une lamentable danse.
Tous chantaient les chansons de Pleur
Sans accords ni musique ;
De peine, emporté par le délire,
Je me suis endormi -pour le meilleur-
Dans le manoir de dame Douleur.

Bernt Notke, Danse macabre, Tallinn, église Saint Nicolas.
« Cendre si lente du silence
La bal s’endort sans bras ni jambes »
Magnifique, à pleurer
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