Avancées (11) : 12 mars 2025

Le matin le soleil se lève sur le massif des Bauges, le soir le soleil se couche sur le plateau du Retord. J’ai fait une grosse rayure sur ma voiture en sortant d’un parking.


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Écrire sur le recueil de Bertrand Gaydon, Sonnets de la bêtise et de la paresse, m’aura obligé à réaménager des champs dans ma bibliothèque mentale. J’avais travaillé le sonnet durant mes études, mais les questions formelles m’avaient paru secondaires ; elles l’étaient d’ailleurs, chez Desportes comme Birague comme chez Beaujeu (mais pas chez Sponde), ces auteurs se posant comme continuateurs, adaptateurs, pas comme innovateurs. Or, pour les contemporains qui écrivent des sonnets, c’est souvent la forme elle-même qui fait problème, et le jeu sur la forme qui fait l’objet du poème, -jeu qui peut prendre des tours infinis, si bien que ces poètes sont tous des innovateurs. Je connaissais deux-trois auteurs de sonnets contemporains, mais au fil du travail, j’en ai découvert un grand nombre, à vrai dire beaucoup plus que ce que j’attendais. J’aurais dû m’en douter : le champ est si vaste, les arpenteurs si nombreux, dans tous les sens. Les horizons sont multiples ; c’est bien.


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En plus de la poésie contemporaine, un nouvel axe de lecture se constitue autour des questions esthétiques. Sans doute est-ce lié aux passages en musée ces dernières semaines. Après Vie des formes d’Henri Focillon, j’ai lu Les Raisons de l’art de Jacqueline Lichtenstein, puis relu avant-hier le Salon de 1845 de Charles Baudelaire. Commencé Le Musée imaginaire d’André Malraux. Si j’avais du courage et du temps, je tiendrais une chronique à part, de type « philosophie du vendredi », qui mettrait à plat quelques réflexions, des tentatives conceptuelle. Revenir, par exemple, sur la distinction entre « fini » et « fait » chez Baudelaire, ou sur l’invention de ces trois personnages conceptuels séparés que sont le philosophe traitant d’esthétique, le critique et l’historien de l’art. Mais les souvenirs scolaires demeurent pesants : j’ai souvent penser écrire des choses profondes en philosophie, que mes enseignants ont trouvé stupides ; alors que mes élucubrations en dissertations de littérature ont bien plus souvent trouvé preneurs (et notes en conséquence). Les années passent et on sent toujours l’ombre du prof imaginaire au-dessus de soi, -et c’est encore pire quand le prof, désormais, c’est soi-même.


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Pour la chronique du dimanche suivante, je lis Chasse-ténèbres de Xavier Makowski. Un livre bien plus dans mon horizon d’attente que ceux des chroniques précédentes, plus proche de ce vers quoi je me suis tourné naturellement en commençant à lire de la poésie contemporaine, il y a de ça plusieurs années. Le champ m’est plus connu, j’y prends un plaisir moins exigeant mais non moins profond.


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À force de chanter « le temps est bon, le ciel est bleu », la pluie est revenue.

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« Avancées » est un bien grand mot. Une motivation, une ligne. Parfois on piétine, et on dit qu’on avance. On va dans le mauvais sens, mais on avance (dans le mauvais sens). On prend un chemin détourné qui est en fait un raccourci, mais on ne s’en est pas rendu compte. On arrive sur une paroi du labyrinthe, on repart en arrière, -a-t-on avancé ?

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