Faire maigre poésie

Un moment se profile régulièrement, dans les itinéraires de poètes contemporains : celui de remise à plat des mots. Mathieu Bénézet raconte ainsi un règlement de comptes avec les vocables, de longues années à les mettre à distance, les refuser. Yves di Manno a traité de cette méthode. Emmanuel Hocquard aussi, d’autre manière. Ils décrivent chacun d’abord un refus, un non radical : non au langage préformaté, non aux formules imposées, non à la sclérose. « Non au théâtre du Verbe », disait Mahmoud Darwich, bien plus traditionnel que les trois autres cités, plus enclin à la formule, même pour déjouer les … Continuer de lire Faire maigre poésie

Information en continu

Quand on regarde une chaîne d’information en continu avec un oeil distant, on est d’abord frappé par la répétition : titres qui reviennent, informations redites par les présentateurs, analyses répétitives des « experts » qui défilent. Ensuite frappe l’aspect disjoint des éléments présents : en termes de discours, ellipses, paralipses et anacoluthes y sont les figures de style dominantes, -ruptures, fragments, grands écarts, transitions abruptes. Rarement approche-t-on du discours construit, posé, développé, établissant des connexions entre les faits, les événements. Sans doute le fil des réseaux sociaux constitue-t-il un semblable phrasé disjoint, avec néanmoins une absence de contrôle, à la télévision, de … Continuer de lire Information en continu

Je est un nôtre

Quand j’étais étudiant et donnais des cours particuliers de philosophie, je revenais sans cesse, sans le faire exprès, sur la question du rapport entre l’individu et le monde, la manière dont on se construit, et bien plus souvent dont on est construit, par des éléments parfois sans cohérence, parfois institutionnels. Tarte à la crème, mais pertinent pour des réflexions d’élèves de Terminales ; en vérité, la question ne les intéressait pas beaucoup, ils voulaient surtout savoir les « trucs » pour avoir de bonnes notes, ou de pas trop mauvaises. Je ne pouvais pas aller jusqu’à leur parler de L’Anti-Oedipe de Deleuze … Continuer de lire Je est un nôtre

Printemps des Pouets

Le débat sur le parrainage du Printemps des Poètes par Sylvain Tesson nous a d’ores et déjà offert suffisamment de textes pour réaliser toute une thèse sur le sujet. La pétition de 1200 poètes contre ce parrainage, dans Libération, en fut le point de départ. Il y eut ensuite la torrent d’injures dans les médias de droite (Figaro, Valeurs actuelles, Le Point…), mais surtout des interventions ponctuelles, beaucoup plus intéressantes : Claro, Adeline Baldachino, Frédéric Forte, William Marx, André Markowicz, entre autres. Beaucoup n’ont tout simplement pas compris pourquoi le choix de Sylvain Tesson avait été fait. Il est en … Continuer de lire Printemps des Pouets

La politique, c’est difficile

Oui, c’est difficile. Difficile de défendre le droit des Juifs à exister au Moyen-Orient sans faire le jeu de l’extrême-droite israélienne. Difficile de défendre les Palestiniens face au massacre qu’ils subissent actuellement sans faire le jeu de l’antisémitisme. Difficile de lutter contre l’islamisme sans faire le jeu de la haine contre les musulmans. Difficile de défendre les musulmans face aux discriminations qu’ils subissent sans faire le jeu de l’islamisme. Difficile de tenir un propos anti-impérialiste quand son pays a été colonisateur récent. Difficile de tenir un discours critique sans faire le jeu de ceux qui récupèrent ce discours pour l’intégrer … Continuer de lire La politique, c’est difficile

Note sur Théodore de Banville

Théodore de Banville fait partie des poètes oubliés les plus connus. On connaît son nom tantôt par l’intermédiaire de son amitié avec Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé et Paul Verlaine, mais surtout pour avoir accueilli Arthur Rimbaud lors de l’arrivée de celui-ci à Paris, -et plus encore pour les lettres et les dédicaces que lui adressa Rimbaud dans la première partie de son œuvre, avant de renier son influence. En somme, il semble le vaincu du quadrige moderne : Baudelaire, Rimbaud, Verlaine et Mallarmé sont devenus les figures du canon littéraire. On retient aussi Gautier pour Émaux et Camées, dont la … Continuer de lire Note sur Théodore de Banville