Pause (5)

Depuis des jours trotte dans mon esprit la nécessité d’écrire une nouvelle « Pause », cette suite de texte écrits quand aucun trait précis, aucune ligne d’idée ou de percept ne me vient, généralement autour des phases de vacances ou de fatigue ; -manière d’écrire pas si différente de la série intitulée « Roue libre », et qui demeure, non pas ce que j’écris le mieux (je ne suis sans doute pas le plus apte à en juger), mais ce que j’écris avec le plus de plaisir.

J’aurais pu, comme l’année dernière, faire une liste d’« irrésolutions » pour l’année à venir. J’ai néanmoins lu un article indiquant que les bonnes résolutions pour l’année ont, en vérité, une certaine efficacité. Des chercheurs en psychologie comportementale semblent s’être penchés sur la question, mais peu d’études existent. Ma formule « Une résolution : pas de résolution » est ainsi probablement désuète. Par ailleurs, comme j’ai écrit récemment un texte intitulé « Deux problèmes résolus », recréer des irrésolutions serait quelque peu factice.

L’autre jour, j’ai marché jusqu’au cimetière de Saint Ondras, le village où habitent mes parents et ma famille du côté maternel, pour saluer la tombe de Christian, un oncle que j’appréciais beaucoup. Durant tout le chemin je songeais aux vers de William Butler Yeats, que je lis en ce moment dans l’anthologie chez Points/Poésie, et qui a momentanément réveillé ma sensibilité. Mon esprit n’a pas produit de grande méditation sur le temps qui passe et la mort des êtres chers, c’est mon corps qui sentait l’inéluctable retour à l’humus.

Si résolution je devais prendre cette année, ce serait de lire plus de poésie que l’année précédente. Trouver aussi le courage d’envoyer un recueil à éditeur. En composer un autre avec mes derniers écrits. Cela fait déjà trois résolutions, c’est beaucoup. Avec cela, consommer moins pour émettre moins de gaz à effet de serre, vérifier chaque soir que j’ai fait en sorte, durant le jour, de devenir une meilleure personne. Sans doute des truismes assez naïfs, mais on a aussi besoin de ça. Si les psychologues affirment que les résolutions ont une certaine efficacité, autant tenter le coup.

Le point qui m’amenait initialement à vouloir écrire cette « pause » était une remarque qu’un lecteur m’a envoyé (rien de bien formel, juste une réponse sur un réseau social), à savoir qu’il appréciait ce que j’écrivais, sans pour autant connaître ce dont je parlais. C’est un élément qui m’a souvent été mentionné : je traite de sujets « de niche », assez précis, d’œuvres qui ont peu de lecteurs (Krasznahorkai, Anders, Kertész, Yves di Manno…). Cela me surprend toujours, alors que cela ne devrait pas ; j’essaie donc de comprendre les raisons de ma surprise ; celle-ci est assez facile à déterminer. Quand je lis des revues de poésie contemporaine, comme Po&sie ou Catastrophes, ou des sites comme Poesibao ou Sitaudis, je tombe systématiquement sur des articles concernant des œuvres ou écrits par des poètes que je ne connais pas. J’y ai toujours l’impression d’être moi-même tout à fait mainstream dans mes goûts. Cela vient du fait que ces revues sont extrêmement spécialisées, et qu’elles cherchent bien souvent à faire connaître, à poser de premiers jalons dans la lecture d’œuvres encore inconnues ou très méconnues. On est toujours l’ignorant de l’un et l’érudit d’un autre.

Une réflexion sur “Pause (5)

Laisser un commentaire