Faire connaître la poésie contemporaine

Faire connaître la poésie contemporaine n’est pas chose facile. Les réactions de la presse à grands tirages lors de la polémique autour de Sylvain Tesson parrain du Printemps des poètes l’a clairement démontré : la majorité des journalistes ayant écrit sur la question reconnaissaient ne pas connaître ce monde-là. Quand ils le connaissaient, c’était par des grandes ventes qu’ils conspuaient, généralement celles des « instapoètesses », comme Rupi Kaur ou Cécile Coulon. Quand ils mettaient le nez dans des œuvres plus confidentielles, ils en regrettaient immédiatement la difficulté de lecture. Ou cul-cul, ou illisible, et voilà, la question était réglée, adios la poésie contemporaine.

Lorsqu’on souhaite défendre l’idée que des événements majeurs se passent ces dernières années dans la poésie en langue française, on fait face à un autre écueil : en plus de l’aspect réduit du champ poétique, ce champ fonctionne en vase clos, tout le monde s’y connaît, se lit et se commente. Des auteurs inconnus du grand public y sont connus par tous. Entant dans ce champ, on se sent parfois repoussé par les listes de noms, la profusion, l’impression que tous les articles font preuve d’une grande érudition qu’on ne pourra jamais rattraper. J’ai souvent eu cette impression en ouvrant Poesibao ou Sitaudis, deux sites pourtant excellents : une impression d’étouffement. On ne s’y retrouve pas, tout arrive en même temps, les sollicitations sont trop nombreuses pour qu’on puisse bien se concentrer ; or, la poésie nécessite bel et bien qu’on s’arrête sur le vers, le mot, qu’on cesse le flux de l’information pour penser la matière même de la langue.

Depuis plusieurs années je cherche à me mettre au clair dans ce domaine. Cela m’est d’autant plus difficile que la poésie m’est une occupation littéraire parmi d’autres, tandis que beaucoup d’acteurs du champ s’y consacrent quasi exclusivement. De mon côté, je n’abandonne pas la philosophie, le roman, le théâtre, les questions politiques. Je suis donc loin d’être érudit sur la question. Je me suis néanmoins dit que cette naïveté était peut-être un avantage : n’ayant pas été aspiré par telle ou telle querelle, du moins le crois-je, peut-être suis-je à la bonne distance pour donner des conseils concernant les portes d’entrée.

Je reprends donc ici quelques éléments que j’ai déjà pu distiller ici ou là quant à ce qui me semble de bonnes manières d’entrer dans ce domaine profond et réjouissant qu’est la réflexion poétique contemporaine.

Je pense que commencer par lire la série « Choses qui gagnent à être lues » d’Yves di Manno, dans la revue Catastrophes, est un bon début : https://revuecatastrophes.wordpress.com/category/choses-qui-gagnent-a-etre-lues/

Pour un éclairage plus large sur la création contemporaine, je recommande les articles de Christian Rosset sur le site Diacritik. (Plusieurs de ses articles sont consacrés à l’actualité de la poésie contemporaine.) : https://diacritik.com/author/christianrosset/

Dans une dynamique plus anthologique, avec des présentations qui insistent sur la dimension prosodique, l’ouvrage Un Nouveau Monde d’Yves di Manno et Isabelle Garron est désormais le classique consacré.

J’en profite pour redire que ces trois livres me paraissent d’excellentes portes d’entrée dans la poésie contemporaine : Un Privé à Tanger d’Emmanuel Hocquard, Terre ni ciel d’Yves di Manno, Vie du poème de Pierre Vinclair.

Le site de Pierre Vinclair donne lui aussi un grand nombre de pistes : https://pierrevinclair.com/

Je termine cet article en rappelant mon absence d’érudition sur la question ; je ne dis que ce que j’ai apprécié. Par ailleurs, on remarquera que mes propositions se concentrent sur la poésie francophone de France ; je connais un peu les tendances québecoises, notamment grâce à des lectures de blogs sur WordPress, mais j’ignore par exemple tout à fait ce qui se produit en Afrique francophone. Dans ce domaine comme dans les autres, je suis preneur de recommandations.

En vous souhaitant de bonnes lectures.

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