Nous nous sommes demandés quel film aller voir après notre passage au musée des Beaux-Arts, qui était la raison de notre passage sur Lyon. En regardant les programmes, nous vîmes qu’il y avait un film de trois heures vingt sur un architecte juif hongrois arrivant aux États-Unis après son passage en camp de concentration, et nous sûmes que ce film était pour nous.
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Quand on voit un film à deux, il y a toujours ce petit pincement : j’apprécie, est-ce que l’autre apprécie également ? Heureusement, The Brutalist contenait un entracte au bout d’une heure quarante, pendant lequel, avant que je passe aux toilettes, nous pûmes convenir que c’était formidable.

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Cette nuit, je rêve que je suis un enfant, au bord d’un fleuve. Les habitants évacuent car une bataille est prévue à cet endroit. Des voitures partent en trombe et roulent sur l’eau. Des convois de soldat (de notre bord), avec l’air triste d’une armée en retraite, passent. Quelqu’un, soldat ou civil, en passant laisse tomber une plaquette de chocolat, sans le remarquer. Notre groupe d’enfant discute à qui sera « cap' » d’aller le chercher, malgré le danger, la bataille pouvant commencer n’importe quand. Je fonce, attrape le chocolat, revient, une dispute s’ensuit avec une autre bande d’enfants, la cacophonie règne, le chocolat disparaît. La cacophonie se transforme en fête, après quoi des adultes viennent nous engueuler, comme quoi on ferait la fête alors que l’heure est sérieuse, et que le bruit nous tous met en danger. Je regarde enfin mes camarades, et me rends compte que les autres enfants de la bande sont, pour certains, des élèves que j’ai en classe cette année. Je ressens une forme d’amertume à ce qu’un rêve aussi sophistiqué, comme j’en fais rarement, reprennent des éléments de contexte professionnel, qui sont omniprésents dans ces rêves, souvent de manière angoissante. La déception me réveille.
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Exprès ou non, The Brutalist a beaucoup d’éléments communs avec l’oeuvre de László Krasznahorkai. La construction d’un palais fou, comme dans Petits travaux pour un palais. L’artiste qui emmène des gens médiocres dans un projet démesuré, impossible. L’intégration d’un hongrois aux États-Unis. Les gens confits dans leurs vies étriquées. Mais la fin n’a rien à voir avec celle d’un livre de Krasznahorkai, et c’était bien. (J’adore aussi les fins de romans de Krasznahorkai, -rien de négatif ici.)
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Dire du mal de la ville de Lyon est un de mes sports favoris, mais en ce 26 février tout était bien. L’éclairage du musée des Beaux-Arts amelioré ; peu de monde du fait d’un mercredi d’hiver ; même la place Bellecour m’a presque paru jolie.
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Je voulais retrouver les deux encres de Chine de Bernard Pruvost vues hier au bout du musée des Beaux-Arts, mais elles ne semblent pas présentes en ligne. Je n’ai pas pris de photographies, car le rendu est souvent pénible. Il y en a une autre, sur le site du musée, intitulée Oaristys. La voici. Je n’ai rien à en dire, je la pose juste.

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Au retour, toujours le froid. Primevères, oiseaux, la transition vers la reverdie s’est amorcée. J’ai encore acheté trop de livres, à la librairie du musée. Ils accompagneront ce passage. Le lendemain, il fait beau, nos filles reviennent de chez mes parents. Tout reste à vivre.