Illusions

Ouvrir les yeux des autres, leur enlever leurs illusions, ce n’est rien. Même si on y parvenait (on n’y parvient presque jamais), ce ne serait rien. Ouvrir ses propres yeux, s’enlever ses propres illusions, voilà l’activité digne de ce nom. ** Clarifier ce qui est obscur, épaissir ce qui est clair. ** Depuis un siècle, poètes et écrivains poétiques creusent non pas le fait que tout arrive par fragments, mais que tout arrive en même temps. Le flux du réel ne sépare par le bruissement de l’arbre du prix du pétrole. Le sourire de l’être aimé tombe en même temps … Continuer de lire Illusions

Notes du jour, 28 septembre 2026

Les écrivains qui marchent écrivent nécessairement avec les pieds. (Cette phrase n’est pas nécessairement à prendre comme une insulte.) ** Plus les « conseillers en communication » pullulent, plus les communications sont lamentables. ** On nous a vendu un « âge de la communication » : on n’a jamais aussi mal discuté. C’est que la « communication » n’était que celle de l’entreprise ou du gouvernant vers la masse. À cette « communication » (en vérité simple mot d’ordre : consomme et/ou obéis), il ne devait y avoir, surtout, aucune réponse. ** Là-dessus arrivent les réseaux sociaux ; on l’oublie, mais on a pu y communiquer, dans les … Continuer de lire Notes du jour, 28 septembre 2026

Mi-septembre en attendant

Voulu écrire une chronique de « poésie du dimanche » sur Cassandre à bout portant de Sandra Moussempès, mais toutes mes notes prises répétaient des éléments déjà dits dans mes deux précédentes chroniques consacrées à cette poétesse. Voulu écrire une chronique itou sur Tout se tient de Stéphane Bouquet mais, comme dans mes précédentes réflexions sur ce poète, je bloquais sur la question de l’érotisme gay, central dans son œuvre, et dont je ne sais pas quoi dire. Parler, comme je l’avais fait pour Un Peuple, uniquement de questions poétiques, en passant très rapidement sur le contenu thématique, me paraîtrait pour ce … Continuer de lire Mi-septembre en attendant

Fragments, 28 juillet 2026

On aurait pu obtenir un bingo musical en 2026 : après un bon album d’Archive, un bon album de Tricky, il eût suffi d’un bon album des Strokes pour nous ramener fin des années 90/début des années 2000, cette époque toute pourrie qu’on n’aurait pas cru regretter un jour (je songe avec effroi au moment où nous regretterons les années 2020), -mais l’album des Strokes est atroce, avec son filtre dégueulasse qui massacre par sa propre volonté la voix de Julian Casablancas. Les albums de Muse et de Gorillaz étant, eux, aussi pénibles qu’habituellement (disons, depuis le début des années … Continuer de lire Fragments, 28 juillet 2026

Fragments, 16 juillet 2026

Écoute la pluie tomber. Regarde l’herbe, comme si elle allait instantanément reverdir avec ces quelques gouttes. J’ouvre la porte : la rincée est chaude, rude. ** Tracas de déménagement : le point de livraison électrique que personne ne parvient à trouver ; les inscriptions à l’école ou au collège, pour lesquelles il faut aller chercher tel ou tel papier, alors que tout est fermé ; le rendez-vous technicien pour la box ; aura-t-on assez de cartons pour mettre tous nos livres ; ce meuble entrera-t-il dans cet angle. ** L’Argentine bat l’Angleterre. Avais oublié le plaisir que c’était de regarder … Continuer de lire Fragments, 16 juillet 2026

Deuils

Fragments, 14 juillet 2026 Le mot « pacte » a été inventé par Montaigne. Le mot « pudeur » a été inventé par Desportes. Le mot « patrie » a été inventé par Du Bellay. Le mot « avidité » a été inventé par Ronsard. Le mot « félicité » a été inventé par Guez de Balzac. Ou alors, dans certains cas, sont-ils seulement les premiers à les avoir mis par écrit ? ** Phase durant laquelle je reprends des poèmes récents, dans l’optique d’un livre. Forme lâche, mais forme quand même. Des répétitions, des variations. Besoin de mélanger scènes et réflexions, que ce soit clair mais syncopé, musical sans … Continuer de lire Deuils

Fragments, 13 juillet 2026

Chez Vaugelas comme chez Bossuet, ce constat préalable sur la langue : c’est l’usage qui est maître. Ensuite, tout un tas de justifications sur l’existence de l’Académie française. Assumer que notre place n’est d’aucune utilité est une des choses les plus difficiles au monde. ** Oscar Wilde constate que la pauvreté aigrit, rend nécessairement mauvais ; quand on a faim, on n’a pas le temps de penser à autre chose ; la souffrance ne rend pas meilleur, jamais. Comme Oscar Wilde n’aime pas les pauvres, il devient évidemment socialiste, puisqu’il veut qu’il n’y ait plus de pauvres. Ainsi devrait-on convaincre … Continuer de lire Fragments, 13 juillet 2026

Fragments, 4 juillet 2026

Revues et blogs se mettent en pause estivale. Début des baisses de présence en ligne. C’est le moment où je sors la tête de l’eau, pourrais enfin lire plus abondamment et discuter. Décalage habituel, désormais. ** De même que la connerie peut être la décontraction de l’intelligence, le vers libre peut-être la décontraction de la prosodie. ** Nous regardons des émissions de téléréalité, moitié par besoin de décompresser, moitié par masochisme. Les participants parlent une langue étrange, qui ressemble au français, mais n’en a plus les structures logiques. On a tout de suite envie de constituer un bêtisier, comme le … Continuer de lire Fragments, 4 juillet 2026

Fragments, 3 juillet 2026

Retour à Pessoa, dont j’ai envie de faire une lecture oblique : Le Livre de l’intranquillité comme école du ralentissement. Que ce soit au cœur de l’hiver ou de la canicule, c’est un livre pour les périodes pénibles, pour supporter celles-ci, tantôt par la méditation, tantôt par la fragmentation poétique, tantôt par l’analyse froide du quotidien. Le risque, avec cet ouvrage, c’est un désespoir trop grand, en sortant de ses pages : les héros de l’inertie sont bien souvent des héros de la dépression. Il nous faut travailler à une inertie joyeuse. ** Vacances. ** Peu importe quel angle on … Continuer de lire Fragments, 3 juillet 2026

Fragments, 2 juillet 2026

L’autre jour, écoutant la radio. Découverte, à la Bibliothèque Nationale de France, d’une partition contenant un morceau pour flûte et harpe de Mozart. Création par des musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Première écoute sur France Musique. C’était beau. ** Il est des œuvres dans lesquelles on n’entre pas. Chacun pourrait lister ce qu’il voit d’autres admirer, ce qu’il aurait toutes les raisons d’admirer, mais ne parvient pas à admirer. Ainsi ai-je vu un grand nombre d’œuvres de Matisse et lu un grand nombre d’articles expliquant pourquoi c’était un immense artiste, mais n’étais-je jamais parvenu, jusque-là, à admirer son … Continuer de lire Fragments, 2 juillet 2026