Avancées (24) : 11 juin 2025

Vers le soir du mercredi 11 juin, je me rends compte que je n’ai pas écrit une ligne de mon journal d’avancées. Peut-être n’ai-je pas avancé ? Qu’en savoir, après tout ?

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Cet après-midi, j’ai fait une sieste. Je ne faisais jamais de siestes. L’autre jour, une collègue m’a dit que, passée la trentaine, le grand changement chez elle avait été la nécessité de faire des siestes, et alors, quelque chose s’est brisé en moi, et désormais je suis obligé de faire des siestes. C’est très grave. Ce n’est pas grave.

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Jeudi dernier, pour la première fois depuis longtemps, je fais un rêve positif. D’habitude, dans mes rêves, soit j’ai très peur, soit je suis très en colère. Pour une fois, dans ce rêve, je suis de bonne humeur, je vais voir des gens que je connais (collègues à qui je parle peu, amis auxquels je n’ai pas parlé depuis longtemps), leur dis des choses gentilles, et vois leurs regards s’illuminer ; tout le monde est heureux. Hier, une collègue AED a été assassinée par un élève et, cela n’a pas manqué, j’ai de nouveau rêvé d’attentat, de confinement dans la salle de classe. Combien de collègues rêvent-ils de cela ? On ne dit rien de nos rêves, et puis avoir peur des attentats, même seulement dans le sommeil (à l’état de veille, ce n’est pas une peur qui m’assaille tellement), ça fait mauvais genre.

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Toutes mes condoléances à la famille de la victime, et à ses collègues. La désolation est immense.

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J’avais lu un article, où des scientifiques étudiaient le sommeil des animaux. Ils observaient que nombre d’entre eux se tenaient dans des positions de chasse durant leurs rêves ; ils ont proposé l’hypothèse, notamment chez les chats, que durant leur sommeil, leurs cerveaux continuaient de s’entraîner. De là, on avait envie de proposer une interprétation matérialiste du rêve : le cerveau s’imagine dans des positions qu’il juge pouvoir se produire durant l’état de veille, en particulier des positions de survie. Cela a le mérite d’enlever tout symbolisme : vous rêvez de boulot parce que vous vous y sentez dans des positions d’inconfort, qu’il faudra surmonter une prochaine fois ; vous rêvez que vous êtes victimes d’attentats parce que les médias vous invitent à vous imaginer dans cette position.

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Je sais que Bernard Lahire a écrit une sociologie du rêve ; je suis curieux de la lire, mais n’ai jamais eu le courage ; la rumeur veut que Lahire meure s’il écrit un jour un livre de moins de mille pages.

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Pour nos neuf ans de mariage, nous échangeons des cadeaux : j’offre à Anaïs Zabriskie Point d’Antonioni, que vous avions tant aimé regarder au début de notre relation. Film largement sous-estimé par les cinéphiles, probablement parce qu’il est trop entré dans la culture populaire : l’explosion finale sous la bande originale de Pink Floyd, la scène d’orgie dans le désert qui gêna tant à l’époque. Anaïs m’offre L’Ennui d’Alberto Moravia, un livre que j’avais envie d’acheter, pour la raison suivante : je l’avais trouvé en boîte à livre dans l’édition Le Livre de Poche, avait dévoré les cent premières pages, puis m’étais rendu compte que les cent dernières pages avaient été arrachées.

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Le weekend dernier, déjà pour fêter ces neuf ans de mariage, nous sommes allés en Haute-Savoie, à Saint-Jean d’Aulps puis à Abondance, visiter les deux abbayes qui s’y trouvent. Nous visitons au moins une abbaye à chacun de nos anniversaires de mariage, c’est une tradition depuis Port-Royal lors du premier anniversaire. Nous aimons les vieilles pierres et puis nous nous aimons l’un et l’autre.

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Le soir, nous commençons Thirst de Park Chan-Wook, cette adaptation de Thérèse Raquin avec des vampires. Tout est bien.

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