Avancées (43) : 7 janvier 2026

Situation. Fin des vacances puis rentrée. Deux modes très différents d’existence et d’organisation de la temporalité, donc. Toujours des paquets de copies. Derrière la tête, les projets pour l’année à venir. Temps tellement suspendu que je parviens à grand peine à mettre des verbes conjugués dans mes phrases, alors que j’apprécie peu les accumulations de phrases non verbales.

Écarts, profondeurs. Durant toute l’année 2025, je n’ai pas tenu de « journal » comme j’en tenais auparavant ; la chronique « Avancées » avait pris sa place. J’ai repris l’écriture diariste sur un fichier à part, posant quelques notes fragmentaires. Je relis cela en écrivant cette chronique-ci, et n’y trouve pas grande matière d’ « avancées » à proprement parler : des remarques sur l’aube, la lune, les livres lus, les conversations avec Anaïs et toute la famille, l’enlèvement de Nicolas Maduro. Entre le 21 décembre et le 11 février, une longue période de méditation hivernale me tombe dessus, comme un calendrier de l’avent personnel : un avent en préparation du 11 février, c’est-à-dire de la fin de mon hiver personnel, qui commence avec la mort de Gilles Deleuze (4 novembre) et se termine avec la mort de Sylvia Plath (11 février). Après le 11 février, je respire. Les deux premières journées de travail ont été très tranquilles ; c’est bien.

Béla Tarr, Tango de Satan.

Béla Tarr. Mardi après-midi, j’apprends la mort de Béla Tarr. Il faudrait lui rendre un hommage digne de ce nom, parler de chaque plan de Tango de Satan, expliquer pourquoi Le Cheval de Turin est un chef-d’œuvre, parler de sa manière d’adapter Krasznahorkai. D’autres sont bien plus compétents que moi pour le faire. Je disais la veille à Anaïs que je reverrai bien Tango de Satan. Elle me dit d’un ton amusé : « Tu es donc ce genre de personnes qui le revoient. » J’aime les œuvres constituées comme des épreuves. Ça change du préfabriqué, du tout cuit à consommer sans réfléchir et sans rêver. Radical, Béla Tarr, parce qu’on ne peut pas être autre chose que radical en cette époque où les violences arrivent rampantes, avec le sourire du divertissement.

Avancées. Le week-end dernier, largement avancé dans la composition d’un livre de poésie. Les poèmes sont là, je me rends compte que la masse est énorme, qu’il faut mettre en forme, charcuter, enlever des vers et des strophes, jeter le mauvais, en revenir à quelque chose qui donne l’impression d’une forme, d’un projet, qui ait une certaine unité. Ce n’est pas encore le cas, mais au moins ai-je une certaine direction, l’impression de ne plus avoir le travail de fond à accomplir, simplement l’agencement, -c’est-à-dire, probablement, le plus dur et le plus long de l’histoire. Beaucoup lu, aussi : cinq livres en cinq jours.

Il faudrait que je prenne le temps d’expliquer pourquoi André Breton est aussi un grand poète, pas seulement un grand prosateur, mais ce serait encore faire un pas de côté, ajouter une parenthèse à la parenthèse. J’ai renoncé aussi à développer un réel avis sur Zapp & zipp de Christian Prigent, dont j’ai parlé uniquement par petites touches. Rien de prévu pour la chronique de dimanche prochain ; peut-être prendrai-je enfin le temps de parler des Élégies mineures de Christophe Manon ou des Utopiques, 1 de Gilles Jallet. La chronique de dimanche dernier, sur Chant du coq sauvage, a trouvé moins de lecteurs que d’habitude, sans que je sache pourquoi. -Au moment où je mets la note finale à cet article, je reçois le dernier numéro de Catastrophes.

Perspectives. Repos. Ne pas m’imposer des tâches professionnelles supplémentaires ; bien faire celles en cours. Peut-être faire une chronique de poésie, si le temps le permet.

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