Avancées (44) : 14 janvier 2026

Situation. Journées très tranquilles au travail. Le paquet de copies baisse. A peu près aucun objectif fixé, donc aucune angoisse de n’avoir rien accompli. La nuit dernière, j’ai même réussi à bien dormir, pour la première fois depuis près de quatre semaines. Anaïs me dit qu’il faut dire quand cela va bien, ne pas trop jouer au mec dark, alors allons-y : ça va bien.

Un rêve. J’errais dans une bibliothèque à la recherche du dernier livre de Cole Swensen. Le lieu était un mélange entre les bibliothèques d’Ulm, de Sainte-Geneviève et celle dans L’Ombre du vent de Carlos Ruiz Zafón. J’y étais perdu. Dans un couloir étroit, je pris la tranche d’un livre et, comme dans les films, le rayon bougea pour me laisser entrer dans une pièce secrète. Dedans se trouvait Pierre Vinclair, avec des cheveux (il avait la tête de sa photo sur Babelio). Aucun souvenir de la discussion qui suivit et fut agréable, mais je dus partir en vitesse car je devais assurer la régie d’un concert de Ben Harper. En plus de la régie, je jouais de temps en temps des percussions et assurais les changements d’instruments sur scène. Au-milieu du concert, un jeune poète lut un texte incompréhensible, tant par le contenu que par la faiblesse de sa voix. A la fin, une classe d’enfants de maternelle vint sur scène pour interpréter une chanson de kermesse. -Au réveil, ma première pensée fut que cela faisait longtemps que je n’ai pas fait ce rêve familier de mes 18 à 25 ans, dans lequel je prenais un café avec Mahmoud Darwich dans un bistrot de la rue Soufflot. Comme le rêve du RER B m’amenant dans un univers d’archipels dans le ciel à la Final Fantasy, il a disparu quand j’ai quitté la région parisienne. -Précisons, si besoin est, que, dans ce qu’on ose encore parfois appeler vie réelle, je n’ai jamais rencontré ni Pierre Vinclair ni Ben Harper ni Mahmoud Darwich.

Avancées. Relu Pays rêvé, pays réel d’Édouard Glissant. J’ai songé à écrire une note sur sa poésie comme j’en avais écrit une sur Saint-John Perse, mais cela demanderait une connaissance plus exhaustive de l’œuvre que la mienne. (Saint-John Perse, j’ai tout lu, parce que l’ensemble est court.) Glissant me semble une matrice fondamentale de la poésie contemporaine, travaillant sur les mots avec une manière que j’ai pu observer à plusieurs reprises dans ma chronique du dimanche : mélanges du vocabulaire classique et de mots techniques (en l’occurrence, comme chez le premier Perse : faune et flore et toponymies des Antilles), ruptures syntaxique, mystère soutenu par l’éclatement des éléments d’un vers à l’autre. Je m’étonne de le voir si peu cité par les poètes contemporains de langue française. Au moins, il n’est pas cité en tant que figure repoussoir, comme Saint-John Perse. Sans doute cela vient-il de raisons politiques et d’atmosphère : Glissant est dans une dynamique décoloniale alors que Perse était un colon ; la poésie de Glissant opère une célébration plus discrète, moins exubérante que celle de Perse.

Reçu Soixante-dix fantômes de Nathalie Quintane, cadeau de Noël de C. arrivé en retard. Lu d’une traite. Pourquoi lire Nathalie Quintane me fait-il tant plaisir ? Je ne sais pas. Cela paraîtra bête : j’ai ressenti un plaisir équivalent à ce livre-ci qu’au dernier Agatha Christie lu, quelques jours auparavant : l’enquête ne portait pas sur un meurtre, mais sur l’émergence du fascisme en France. Les recueils de « choses vues » me détendent. Plusieurs de ces textes de deux ou trois pages rappellent les petits récits de Kafka, surtout ceux du début du livre. Quand je m’arrête sur la « matière littéraire », je ne sais plus quoi en dire, je ne pourrais pas le conseiller ou le déconseiller à quelqu’un. Anaïs me demande de quoi ça parle et si c’est bien écrit, et je suis bien embêté pour répondre. Cela arrive souvent avec les livres intéressants.

Ai finalement réussi à écrire une chronique sur Élégies mineures de Christophe Manon. Terminé de relire les épreuves pour la première partie de l’édition scolaire dont il sera question ici quand elle sera finalisée. Anaïs relit mon premier brouillon pour un éventuel livre de poésie, me dit que c’est trop intellectualisant, qu’il faudrait plutôt reconfigurer en suivant les lieux. Écouté des albums : Godspeed you! Black emperor, JPEGMAFIA, King Gizzard & the Lizard Wizard, Feu!Chatterton, Jack White, Yuya Wang au festival Verbier. Avancé dans Poésie et Création de Roberto Juarroz.

Perspectives. Terminer l’adaptation de Guerre et Paix par Sergueï Bondartchouk. Livres sur la pile pour les chroniques du dimanche : Les Utopiques, 1 de Gilles Jallet ; la cinquième livraison papier de Catastrophes ; Le Rêve de Dostoïevski de Cécile A. Holdban. Avancer dans La Mer et son double de Julia Lepère, peut-être écrire un article sur le « roman poétique », ou le « roman de poète », en reprenant ce que je voulais écrire sur Les Forces de Laura Vazquez, pour faire une comparaison entre les deux. Relire mes vieux poèmes pour tenter d’en faire quelque chose. Me reposer, ne rien faire.

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