Pour les oiseaux (2)

Double intérêt de l’oiseau : 1° Une gageure poétique : comment parler encore d’oiseaux alors que tant de poètes ont écrit dessus, que tout un ciel de clichés se dresse au-dessus d’eux ? 2° L’oiseau comme animal politique : les oiseaux nécessitent attention et lois pour maintenir leur existence.

Les vieux naturalistes français, dans leur langue très sûre et très révérencieuse, après avoir fait droit aux attributs de l’aile -« hampe », « barbes », « étendard » de la plume ; « rémiges » et « rectrices » des grandes pennes motrices ; et toutes « mailles » et « macules » de la livrée d’adulte – s’attachaient de plus près au corps même, « territoire de l’oiseau, comme à une parcelle infime du territoire terrestre. Dans sa double allégeance, aérienne et terrestre, l’oiseau était ainsi présenté pour ce qu’il est : un satellite infime de notre orbite planétaire. (Saint-John Perse, « Oiseaux », II.)

Un fait nous éloigne de la poésie romantique : les poètes anciens maîtrisaient « naturellement » les noms des oiseaux. De même que les noms des arbres et des fleurs, ils les ont appris dans leur enfance, qui eut presque toujours lieu à la campagne. On ne passait pas sa vie en ville, il n’y avait pas la télé, observer les oiseaux et plus généralement les mouvements de la nature permettait aussi de tuer le temps. Les romantiques étaient aussi, dans leur grande majorité, de riches oisifs : il est plus aisé d’apprendre les noms des oiseaux quand on n’a pas de journée de travail derrière soi.

Depuis plus d’un an, les régressions environnementales se multiplient en Europe. Une dizaine de règlements dits « Omnibus » ont ainsi été lancés par la Commission européenne afin de réviser de manière expresse et dans un cadre de concertation opaque des textes majeurs du droit environnemental de l’UE. Dernier exemple en date, la proposition d’omnibus sur la « sécurité alimentaire »,présentée le 16 décembre dernier qui propose de revoir les règles d’autorisation des pesticides. Elle ouvre ainsi la voie à des autorisations illimitées et réduit la prise en compte des données scientifiques nouvelles sur la toxicité de ces molécules. (Ligue de Protection des Oiseaux)

Maîtriser le vocabulaire de la nature est objet pour nous d’effort, de reconquête (mot qu’il faut décidément arracher aux néo-fascistes). Ce n’est pas que nous avons moins de vocabulaire, c’est que celui-ci s’est déplacé : il faudrait une étude socio-linguistique-historique sur la question, mais on peut faire le pari que l’essentiel de notre vocabulaire actuel est dominé par les termes technologiques. Les Lumières voulaient un accroissement de notre vocabulaire (ancien + nouveau), nous avons perdu l’ancien en route.

Bouvreuil pivoine. Le plumage de son dos est gris, les ailes et la queue sont noires ainsi que le dessus de la tête. Le croupion est blanc. Le mâle se distingue par ses joues, sa poitrine et son ventre rouge rosé. La femelle arbore une poitrine plus terne, gris-orangé ou beige. Le plumage du jeune est similaire à celui de la femelle, à l’exception de la tête qui est dépourvue de calotte noire. Il acquiert ensuite un aspect proche de celui de la femelle, mais avec une calotte brune. Cet oiseauest pourvu d’un bec noir, court et puissant. Il possède une forte carrure. Sa silhouette toute en rondeur et son naturel très paisible lui confèrent une allure débonnaire, que confirment ses mouvements lents et mesurés et son comportement très pacifique vis-à-vis de ses congénères. Statut de conservation : Préoccupation mineure. (Wikipédia)

Je ressors une vieille encyclopédie des oiseaux que j’avais trouvé en boîte à livres, et qui jusqu’ici fut essentiellement lue par ma première fille. Je m’étonne que finalement beaucoup de noms me soient connu. Je n’ai pas, comme Pierre Vinclair écrivant Birdsong, pris un moment (lié pour lui à une commande de textes) pour me mettre au point sur les oiseaux, mais j’ai picoré ici ou là, notamment en suivant les publications de la Ligue de Protection des Oiseaux, et en regardant les différentes espèces qui vivent ou passent près de chez moi. (Vivant près du Rhône, j’ai la chance d’être dans l’un des plus grands couloirs migratoires du monde.)

Il nous faut aujourd’hui apprendre à faire avec, vivre avec, des deuils aux dimensions inédites : l’abandon de milliers de corps à leur sort, à leur errance ou à leur échouage sur nos rives ; les destructions actuelles ou anticipées des centaines d’espèces vivantes, de milliers de forêts et de territoires, mais aussi d’un grand nombre de langues, et de cultures et de formes de vie… Vivre dans ce monde abîmé, à l’ère des disparitions multiples, ce sera sans doute faire quelque chose de ces disparitions : nous rapporter un peu mieux à ces pertes, les laisser nous prendre, nous saisir, nous affecter, nous « faire quelque chose » comme on dit, et nous faire si possible quelque chose de bien. (Marielle Macé, « Une Pluie d’oiseaux ».)

Comme toujours dans une pensée écologiste : tristesse des destructions des belles choses et joie de l’observation de belles choses. Nécessité du temps long pour observer réellement les éléments qui nous entourent, et urgence d’aller vite pour les protéger. Émotions et actions toujours contradictoires, oxymoriques parfois, qui expliquent la confusion qui règne au sein des textes théoriques et des actions militantes. Un parti écologique sera toujours nécessairement confus comme la nature. Un livre de poésie écologique sera toujours nécessairement confus comme la nature. Seule la mort est ordonnée. -Mais la confusion peut aussi être savamment construite. -Cela toujours en séparant politique et poétique, qui ne donne rien de bon ni politiquement ni poétiquement quand on les mélange, mais se rejoignent en certaines lignes qui les traversent.

La vie, avec ses buissons, ses millions de variations ou de radiations, comme le langage binaire, est en base deux, elle est ou elle n’est pas. Et, n’en déplaise aux amateurs de slogans racoleurs, ce n’est sûrement pas la « planète » qu’il faut sauver, elle en a vu d’autres, mais ce sont ses hôtes et ses témoins. (Fabienne Raphoz, « Parce que l’oiseau ».)

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