Éclatements

Autrefois, j’aimais la poésie é
clatée, déchirée, insensée, cherchant
la fin du sens. Maintenant, écoutant
et lisant mes élèves, j’ai l’impres
sion d’y voir ces poèmes anciens-nouveaux
caricaturés, en éclatements
non-voulus, péniblement vécus, non
par moi (c’est mon boulot), mais par eux-mêmes.

L’éclatement, comme loisir d’élite,
n’est plus un rêve mais un cauchemar, –
ne valaient pas mieux les formes anciennes.
On reprend les mots depuis le début,
syntaxe et rêve depuis le début, –
le début, comme tout, n’existe pas,
fiction parmi les milliers de fictions.
Écoutant FranceInfo, là aussi, l’im
pression d’évaporation de la langue,
et de ce qu’on appelle parfois monde.

Alors on dresse des catégories
futiles, de grandes idées poé
tiques, en riant tout de même un peu
quand certains le prennent au sérieux.

Puis, écoutant pendant une heure John
Coltrane, je me dis que c’est cela :
maîtrise technique, art de la syncope,
oui, c’est cela qu’il nous faut. En riant
avec un implacable sérieux.

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