Papillonnage

La photographie, en noir et blanc, montre
un homme perdu dans une forêt,
quelque part en Afrique. Nous passons
très vite, je sais que ma fille songe
aux possibilités d’évolutions
de ses Evolis (version : Écarlate).
Trop d’oeuvres à regarder, trop d’in
tensité à mettre pour apprécier :
les visages, sur les photos, des spectres.
J’ai acheté un volume de Brodsky
(trad. Henry, Markowicz, Shiltz). Les deux tiers
des poèmes me plaisent, l’autre tiers
est traduit par Markowicz. Je termine
L’arrière-pays d’Yves Bonnefoy ;
trop souvent on oublie sa filiation,
là évidente, avec André Breton.
Trop de livres ouverts, papillonnage
de vacances, d’individu qui peut,
en vacances, enfin faire son travail.
Une amertume qui remonte, je
lutte contre son flot gris, fatigué.
Béryl, topaze, hafnium, quartz, zyrconium :
mots qui se balancent dans mon esprit.
Je n’aime ni les rimes, ni les vers,
ni les images, ni la syntaxe, ni
les mots. J’aime les rimes, les vers,
les images, la syntaxe, les mots.
Je n’écris pas de poésie, j’écris
de la poésie. Cela ne veut rien
dire, ou alors tout dire à la fois. Ce
la veut donner l’illusion d’être là.

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