La dernière cigarette

Héraclite : Si tout n’était que fumée, on connaîtrait parles narines. Devant ce bar qui diffusait MGMTà fond, je te demandai unecigarette. C’était la der nière de ton paquet. Ilfallut la partager, bouffée pour toi, bouffée pour moi. Peut-être n’existes-tu que dans mon rêveou dans ma mémoire, ce quirevient au même. C’était mon âge ténébreux, un temps depages brûlées et d’yeux ouverts. Partout les feux se déclaraient, comme on dit. Beaucoup de fumée,mais incendie invisible. Commela poésie autour des mots. Continuer de lire La dernière cigarette

Satisfaction

L’étrange vertige de la satisfaction. Satisfaits de quoi ? On ne sait pas. Insatisfaits de quoi ? On ne sait pas. Lesjours passent, sont bouffés comme unedinde de Noël. Je lis Ibn ‘Arabî, un apaisement.Songe à la lutte entre mystiqueet religion. Beaucoup de chosesabstraites. À Vallauris, lapluie (surprise), le besoin de couper avec le rythme du monde. On est mal payés, mais qu’est-ce qu’on rigole, répète mon beau-père. Un type passe et ditbourré qu’il va tuer tout le monde, tire en l’air et s’en va. Police, passants, discussions. Le temps passe, sort de ses gonds.Gens bourrés, gens seuls, gens violents.Lors … Continuer de lire Satisfaction

Béton

Nul n’est prophète en son pays.Nul n’est prophète. Nul n’est. ÀFirminy, entre béton etbéton, mais béton monumenthistorique. Béton, couleurscriardes, plastique. De mêmeque les rythmes de Meschonnic sont devenus journalistiqueset pénibles, le style Corbuse réduit aux vastes gymnases.Couvent d’la Tourette : gymnase. Le temps passe. Le béton est notre nouveau type de ruine.Dans l’Unité d’habitation,je lis Anne Carson. Chez elle,Isaïe maltraité par Dieu erre et renouvelle le pacte,parce qu’il ne peut faire riend’autre, -comme nous tous, enfermés dans le divin. Nul. Amen. Continuer de lire Béton

Vignettes (6-10)

Le soleil revient derrière la haie tiédie.Les enfants s’amusent,et reniflent. Des objetsbancals passent dans l’esprit. ** Quélen saura-t-il que je lisais ses poèmes en écoutant Chostakovitch et DJ Mehdi ? Tout cela est bancal. ** « Vendredi, midiest passé depuis longtemps.Je suis fatigué. »Ce mien haïku pourrifit rire en salle des profs. ** Bancal, insensé,effondré, irréel, vrai.Ainsi du poème.Aisé comme un mauvais rêve.Drôle comme le ri-en. ** Nul n’est identiqueau total exact de sesapparences. Etqui d’entre nous n’a pas ditquelque chose qui n’est pas sienne ?* —*Paul Valéry, Introduction à la méthode de Léonard de Vinci. Continuer de lire Vignettes (6-10)

Vignettes (2-5)

Écoutant Fauré,une feuille s’effondrait.Culture acculée.Être un arbre c’est lutteren silence, contre rien. ** Le poème est en forme. Il garde bien la pêche.Je médite surles chutes en vélo chezDominiQuélen. ** Rêve du Cap-Vert.Désir vrai ou touristique ?Mauvaise conscience,sous l’orage réchauffé. Aller ou ne pas aller ? ** Au loin des chi-ensaboient. La chasse reprend.Vent dans les troènes.Certains poèmes sont des forêts, d’autres des buissons. Continuer de lire Vignettes (2-5)