Avancées (12) : 19 mars 2025

Initialement, ce journal devait être matériel, terre-à-terre : qu’ai-je écrit, qu’y ai-je démarché, comment ai-je avancé dans le métier d’écrivain. L’idée était de tenir une ligne woolfienne, dans son journal précis, matériel, professionnel. Fatalement, je retombai dans mes rêveries, mes bribes, mes riens. Reprenons donc au jour le jour, la tête dans le guidon.

La première contrainte est d’arriver à terminer les devoirs d’enseignants, pour dégager du temps d’écriture. Comme je fais à chaque une séquence de vacance à vacance, la semaine de rentrée est exigeante : photocopies, vérification de la qualité des documents, vérification que le livre à étudier est acheté et lu, dernières corrections s’il en reste (et il en reste) de la séquence précédente. Au retour des vacances de février-mars s’ajoute la préparation des brevets blancs (prévus fin mars) et celles des bulletins du 2e trimestre.

Ces temps-ci, je réfléchis à la notion de scène en poésie. J’y réfléchissais de manière interne, écrivis des suites de poèmes d’essais, dont deux ont été publiés au milieu d’autres fragments, et engageais une réflexion d’ensemble, sous cet angle, sur les livres de poésie lus depuis le début de l’année. Cela m’amena à prendre du retard sur la composition de l’article concernant Chasse-ténèbres de Xavier Makowski, pourtant lu dès le mercredi 12 mars. Le problème est le suivant : celui d’une maladie de la comparaison, qui amène à peu parler du livre même, alors que celui-ci le mériterait, et à perdre le lecteur (qui, forcément, n’a pas lu tous les livres dont il est question, puisque beaucoup sont confidentiels).

Je reçois enfin On·e d’Aurélie Foglia, plus d’un mois après la commande. Raoul Harivoie m’envoie deux de ses recueils. Christophe Condello m’envoie également le sien. Pour la première fois depuis le début de ces chroniques, j’imagine que je pourrai un jour constituer des dimanches avec plusieurs recueils. Je ne le ferai pas cette fois-ci, car je ne suis pas certain d’avoir des arrivages ; les envois récents sont gracieux, amicaux, et le premier et seul service presse que j’ai sollicité dans ma vie n’a reçu aucune réponse.

La méditation sur le livre de Xavier Makowski a accompagné ma semaine. J’ai écrit la chronique dans ma tête, et l’ai couchée sur le papier en quelques dizaines de minutes le dimanche même. Elle n’est pas si mal. J’ai écrémé le plus possible les comparaisons. C’est mieux ainsi.

Ce week-end, j’ai lu et peu apprécié Avec les fées de Sylvain Tesson. Pourquoi l’ai-je lu ? Pour m’informer, parce que ça a eu son petit succès, et que cela a une dose de prétention. Même souci que toujours chez Sylvain Tesson : banalités assénées avec aplomb ; ambiance rance ; phrases courtes et plates ; incapacité à décrire un paysage correctement, et encore moins un visage. Commencé J’écris l’Iliade de Pierre Michon, qui me déçoit fortement : je comprends le principe de renverser entièrement l’image du grand auteur, cette volonté de tout salir, d’être irritant, mais l’absence de plaisir de lecture est cuisante. Je comprends assez mal l’enthousiasme qui entoure la sortie de ce livre ; je l’attends, comme beaucoup, mais n’y ai pas trouvé de contentement ni d’horizon ; à chaque fois que j’ai demandé qu’on me convainque que ce livre bon, les réponses m’ont paru très superficielles ; mais je continue de demander.

J’avance dans Sodome et Gomorrhe de Marcel Proust.

Quelles perspectives ? Une pile à lire, une pile de copies, un cahier de poèmes et de bribes. Arriver à écrire des scènes. Ne pas raconter trop d’âneries, ne pas écrire trop d’âneries. Ce serait déjà quelque chose.

2 réflexions sur “Avancées (12) : 19 mars 2025

  1. Même impression que vous à propos de Tesson. J’ai essayé deux livres, et les deux fous j’ai laissé tomber après une dizaine de pages. Lourdeur. Clichés. Platitudes. Et comme disait Juan Asensio : la boussole indiquant toujours Saint-Germain-des-Prés. L’enthousiasme des uns et des autres me laisse pantois. Quant à Michon, quel son de cloche différent ! Ça refroidit.

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