Lors d’un de ses cours, Olivier Millet ironisait sur ces universitaires qui firent de longs développements sur le sonnet « Heureux qui comme Ulysse… » de du Bellay, avec des analyses très savantes, mais en racontant à peu près n’importe quoi, du fait d’une méconnaissance du sens littéral. A savoir : « beau voyage », dans le premier vers, signifie, dans la langue du XVIe siècle : « voyage ayant mené à bon port ». A partir du moment où l’on considère qu’Ulysse a fait un « joli voyage », on part dans le contresens complet : ni Ulysse ni du Bellay ne firent un joli voyage, cette idée est absurde. De même, les érudits se sont penchés avec une intarissable verve abstraite sur le sonnet en -x de Mallarmé, ou « sonnet allégorique de lui-même », mais ont méconnu son sens littéral. En effet, quand Mallarmé affirme « Sur les crédences, au salon vide, nul ptyx », ils ont cru que « nul ptyx » signifiait qu’aucun ptyx n’était présent dans le salon. Pourtant, Mallarmé veut ici bien évidemment dire que le ptyx est présent, mais nul : c’est un mauvais ptyx. Cet objet est un « aboli bibelot d’inanité sonore » et « seul objet dont le néant s’honore », non parce qu’il est le ptyx en général, mais parce qu’il est un mauvais ptyx, un ptyx qui est nul. Ainsi rejoignons-nous les critiques qu’Yves di Manno adresse à plusieurs reprises, dans son œuvre critique, à Stéphane Mallarmé : à savoir qu’il irait dans des impasses, certes virtuoses, mais des impasses tout de même, rendant difficiles les appropriations et poursuites par les poètes ultérieurs. Mallarmé formule cette critique lui-même : il est dans une impasse parce qu’il dispose du mauvais ptyx. La grande énigme qu’il pose aux poètes ultérieurs, et sur laquelle il nous faut méditer indéfiniment, est donc la suivante : où trouver le bon ptyx ?
J’apprécie beaucoup l’introduction avec l’exemple d’Ulysse…
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Oui, mais… le mauvais lecteur, surtout s’il va a contresens de l’auteur, invente un sens que celui là ignore,
Et,
stupide, comprend ce qu’il lui plaît ( ce qu’il peut)
Qui a raison ? Celui qui n’a pas su (voulu) être limpide
Ou celui là qui s’efforce (stupide) ?
(Oui, d’accord, je puisse le bouchon)
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N’y a-t-il pas contresens précisément à propos de « koan »qui vise à tout sauf à » trouver le sens de « cela ne mériterait-il pas « trois coups de bâton » ?
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Je ne crois heureusement avoir ici trouvé le sens de rien, et « Où trouver le bon ptyx ? » vaut bien « Quel est le bruit d’une main qui applaudit toute seule ? », je l’espère.
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