Quand il était petit, il voulait devenir la Pythie. Plus tard, la vérité matérialiste lui éclata au visage : la Pythie était droguée et maltraitée par les vieux prêtres qui se trouvaient derrière. Ce n’était pas terrible. Plus tard encore il songea que, pour être la Pythie, il eût fallu devenir une femme, ce qui compliquait l’affaire. Il n’avait pas envie d’être drogué et maltraité, ni d’être un de ces vieux prêtres cinglés qui se trouvaient derrière les vapeurs pythiques, encaissaient l’argent et produisaient les interprétations des borborygmes lancés par la pauvre jeune femme. Il songea alors à une destinée approchant, aussi se destina-t-il à devenir poète. Il écrirait ses délires et tout le monde y trouverait la vérité ultime, celle qui justifie toutes les autres. Il jeta quelques mots au hasard, s’en satisfit, fut heureux. Ce n’est que dans un dernier temps qu’il songea qu’il ne serait pas un de ces poètes anciens que les gens consultent avec respect, mais un poète d’aujourd’hui, vivant. Un poète contemporain, c’est-à-dire une Pythie que personne ne consulte.
Puéril, adolescent, et pour finir, presque vieux… il a fait le tour, quoi.
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