Exercices de disparition (3)

mais sinon je resterai au lit, dans la chambre, sans allumer la lumière, pour qu’il fasse le plus noir possible, et ensuite j’essaierai de dormir, j’essaierai de ne penser à rien, car je veux que tout soit vide, oui, vide et silencieux,, oui, silencieux, oui, silencieux et sombre, car tout ce qui manque à présent c’est le silence, oui, je voudrai que tout soit entièrement silencieux, je voudrai qu’un silence tombe sur moi comme tombe la neige, et qu’il me recouvre, oui, qu’un silence tombe sur tout ce qui existe, et aussi sur moi, oui, aussi sur moi, puisse un silence neiger sur moi, puisse un silence me recouvrir, me rendre invisible, rendre tout invisible, faire tout disparaître, je pense, et ainsi toutes les pensées disparaîtront, toutes les images qui se sont emmagasinées dans ma mémoire disparaîtront à leur tour, et je serai vide, vide et rien que vide, je deviendrai un néant silencieux, une obscurité silencieuse, et peut-être est-ce la paix de Dieu à laquelle je pense en cet instant, ou peut-être que ce n’est pas elle ? peut-être que ça n’a rien à voir avec ce qu’on nomme Dieu ? je pense, pour autant qu’il soit possible de parler de Dieu, pour autant que ça ait un sens, car Dieu n’est-il pas une entité qui est uniquement mais dont on ne peut rien dire ? je pense

Jon Fosse, Septologie, VI, trad. Jean-Baptiste Coursaud.

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