Avancées (42) : 31 décembre 2025

Le journal d’Avancées a pris une large place sur le blog en 2025, en concurrence avec la chronique « Poésie du dimanche ». Sur le fichier Word, j’attaque la 48e page. Les deux derniers mois de l’année ont été chaotiques : toux persistante, épuisement, soucis divers. Dans le dernier journal, publié fin novembre, j’évoquais la possibilité d’en terminer avec le blog, pour de simples questions de gestion du temps. Tout s’éclaircit un peu ces derniers jours, grâce au calme relatif des vacances. Qu’en sera-t-il en 2026 ? Je tente quelques perspectives.

Résolutions, irrésolutions. Je commençai 2024 avec un article intitulé « Irrésolutions ». Je terminai 2024 avec le premier journal d’Avancées, dont la première entrée était « Résolutions ». En 2025, je n’ai pas tenu beaucoup de mes projets pour l’année. Concernant l’écriture poétique, longue stagnation, puis bifurcation avec un nombre titre, nouveau projet. Ce serait la première résolution de 2026 : conclure ce livre. Ensuite, l’invraisemblable pile à lire. Ce serait un projet pour 2026 : n’acheter aucun livre pour terminer ce que j’ai commencé. Impossible, sans doute, ne serait-ce que pour continuer la chronique sur la poésie contemporaine. Faut-il par ailleurs se donner un objectif d’écriture, voire de nombre de vues, pour le blog ? Cela fait déjà de larges chantiers. Comme l’année dernière, la résolution la plus importante s’intitule : ne pas faire de burn-out. En 2025, ça a été juste. Plus sourdement, j’attache de l’importance à trop d’éléments futiles, ma charge mentale est en partie liée à ma psychologie absurde. Cela, aussi, nécessité un travail de profondeur. Je pourrais aussi bien tenir un journal chaque mercredi pour dire ce que j’ai réussi à ne pas faire, indiquer comment je ne me suis pas pris la tête, quelles stratégies j’ai adoptées pour conquérir mon droit à la paresse. Ce serait amusant.

Situation. La plus grosse prise de tête est liée aux copies. Hier, j’ai corrigé soixante copies ; le soir, je me sentais bien mieux. Je donne trop d’importance aux paquets ; je fais trop d’évaluations, peut-être. L’obstacle majeur est qu’un enseignant a toujours du travail, quand il rentre chez soi : il pourrait travailler sans discontinuer pour améliorer ses cours et les compétences de ses élèves. L’année 2025 m’a permis d’y voir plus clair dans le champ de la poésie contemporaine, ce fut dans ma vie intellectuelle un indéniable progrès. J’ai également réussi à moins me prendre la tête avec des gens en ligne. Du coup, j’ai aussi beaucoup moins discuté en ligne. La mort de Twitter a certes aidé. Quand je n’ai pas aimé un livre, je n’en ai pas parlé. J’ai tout de même fait une exception hier pour Anéantir de Michel Houellebecq, car sa nullité en devenait presque réjouissante : https://www.babelio.com/livres/Houellebecq-Aneantir/1376626/critiques/4898432

Lectures : 117 livres lus en 2025. Le format de « journal de lecture » s’est effiloché, je n’ai pas tenu mes annotations à jour et finit donc avec une simple liste : https://www.senscritique.com/liste/journal_de_lecture_2025/3991982?page=1 Je le partage moins, parce que ce format ne me convient plus trop, ça fait gamin (j’ai commencé sur ce site quand j’étais gamin, et je lui garde un attachement sentimental). Beaucoup trop de livres sur la pile à lire, dont la version numérique est disponible ici : https://www.senscritique.com/liste/ma_pile_a_lire/3958916

Perspectives : Repos. Terminer les paquets de copies. Terminer les livres commencés (un Guattari, un Claude Simon, un Christian Prigent, un Charlotte Delbo… Organiser l’écriture, reprendre un peu de discipline. Arriver à terminer la chronique du dimanche sur Chant du coq sauvage. Cela fait déjà beaucoup.

6 réflexions sur “Avancées (42) : 31 décembre 2025

    1. J’ai été très surpris que Jacques Rancière, pourtant issu du marxisme, ne perçoive pas à quel point l’expérience de Jacotot est située. Sa pédagogie n’émancipe pas, elles s’adresse à des personnes déjà émancipées. Il travaille avec des bourgeois, riches, savants, qui ont payé pour venir étudier à l’université.

      Jacotot, et Rancière à sa suite, en font un modèle universel, alors que seule la pensée magique pourrait nous faire transcrire cette tentative dans une salle de classe à trente élèves, dont la plupart n’ont pas envie d’être et ne reçoivent pas de soutien à la maison, et qui, pour les collégiens, ne savent pour beaucoup pas encore lire attentivement une consigne complexe et sont perdus dès qu’on leur demande de faire seuls.

      On leur apprend à faire seuls, c’est notre boulot, et en vérité on transmet depuis longtemps bien plus des compétences que des savoirs. C’était la visée de Jacotot et de Rancière, et cela a parfaitement correspondu à la demande néolibérale actuelle, qui veut des individus polyvalents-adaptables-résilients au travail, et pas trop savants dans leurs loisirs pour demeurer poreux à l’ultra-consommation.

      Rancière serait bien sûr affligé qu’on le relie avec cette idéologie-là, mais son livre naïf a renforcé le néo-management public que nous vivons aujourd’hui dans l’Éducation nationale : les profs n’ont besoin de rien savoir et sont juste des animateurs ; on peut donc les considérer comme des moins que rien.

      On pourrait imaginer une école sans évaluation, elle est en vérité souhaitable et traduirait un cap de civilisation. Cela nécessiterait un monde sans concurrence pour le travail, donc un monde sans entreprise, et en conséquence sans diplôme ni examen. Il serait sans doute aussi sans culture, mais on ne s’en rendrait pas compte, on le vivrait peut-être bien, qui sait ?

      En attendant, quand on cherche à former des individus libres, on est bien obligés de les faire travailler sur des textes, de les faire réfléchir, et de vérifier des progrès dans la lecture, la compréhension et la réflexion. Le monde tel que le rêve Rancière me paraît être, dans les faits, un monde d’aliénation généralisée.

      (Je m’excuse pour la longueur du message. Le Maître ignorant est un des livres qui m’ont le plus scandalisé ces dernières années, je pourrais en parler pendant des heures. Je pense en tout cas que les questions éducatives doivent être posées en situation, et non dans le ciel des idées, comme le fait Rancière, bien piètre marxiste dans ce livre-ci.)

      J’aime

      1. Merci beaucoup d’avoir développé ainsi votre lecture. En me situant sur le plan pédagogique, je ne suis pas véritablement en désaccord avec vous (j’ai été enseignant également) mais c’est d’un autre point de vue que je me situais, celui de l’attitude personnelle de qui s’interroge sur la pertinence de transmettre un savoir versus observer la construction chez chacun de son propre savoir. Je me situais là hors du contexte de l’enseignement, hors même d’un contexte historique et même social, sur un plan plus de l’histoire psychique de qui met à jour une contradiction : entre agir pour « construire » l’autre ou « construire » soi. (ceci dit très vite, mais j’essaie de situer ma remarque lorsque j’ai réagi à cette forme de bilan-ressenti personnel que vous exprimiez.)

        J’aime

Répondre à Clément Alfonsi Annuler la réponse.