Que signifie le fait que je ne sois pas parvenu à écrire une critique du livre Le Rêve de Dostoïevski de Cécile A. Holdban ? J’en relis des poèmes, j’ai mis dans l’édition une petite croix en haut sur ceux que j’aurais voulu commenter, mais rien ne vient, je ne sais pas quoi dire. Peut-être est-ce lié à la lecture de Poésie et Création de Robert Juarroz. Je l’avais abandonné, un peu ennuyé par l’ambiance heideggerienne du début, qui a vieilli, -vieillissement d’autant plus grave quand on affirme que la poésie se situe contre le temps, dans la méditation sur l’être, nécessairement anti-historique. Cependant, à partir du troisième des cinq entretiens qui composent le livre, tout est d’un intérêt exceptionnel, et même, dans mon cas, bouleversant. Sa pensée m’est liée par des affinités : le tao, le bouddhisme zen, les mystiques chrétiens abstraits de la religion. Cette lecture m’apaise et me donne envie de m’apaiser encore plus. Au-milieu se tient nécessairement l’affirmation de la vanité de toute critique, de toute explication du poème. On peut parler de poésie pour inviter à en lire, ou pour faire réfléchir sur ces aspects créateurs, et c’est tout, -le reste est paralittérature, parasitisme absurde. Je relis les vingt-neuf premières chroniques de cette série : qu’est-ce qui, à l’intérieur, est authentique montée vers la poésie et qu’est-ce qui est parapoésie ? Difficile à déterminer. Cela m’a bloqué. D’un certain point de vue, cela entraîne une frustration inutile ; d’un autre point de vue, cela empêche des bavardages inutiles ; à chacun de voir le verre à moitié vide ou à moitié plein.
Je reçois coup sur coup Birdsong de Pierre Vinclair, Un Chien arrive de Camille Ruiz et Guernesey de Guillaume Sire.
Tant de séries d’articles, de propos théoriques, de poèmes dignes d’intérêt que je ne sais plus où donner de la tête. Remettant les pieds sur Sitaudis, je me dis que suivre réellement la poésie contemporaine serait un emploi à plein temps. Parmi toutes ces profondeurs, les excellents textes de Philippe Beck, série réunie sous le titre « Apparitions » : https://www.sitaudis.fr/Poemes-et-fictions/apparitions-i-1764994918.php
Le jour d’après ce jour
y aura-t-il encore
une douceur à attendre ?
l’absence lancera ses griffes sur le mur
fauve dévorant et recrachant sa proie
à tâtons dans l’ombre
on mesurera la place manquante
jusqu’à ce que la chambre
nous secoue hors de nous
et que l’on disparaisse
Cécile A. Holdban, Le Rêve de Dostoïevski, p. 34.
1er février : compter, trier, où en suis-je de ci, où en suis-je de çà ? La poésie, pourtant, contraire du tri et de la numération, selon les uns ; mais selon les autres, compter/trier est justement la méthode pour parvenir à la cime. Tout dépend de si on considère qu’il y a des réalités supérieures ou non. Il y a des poésies verticales et des poésies horizontales. -Restent à penser les poèmes en trois dimensions.
Poétique comme l’enchaînement Château de Bowser-Route arc-en-ciel sur Mario Kart.
Pas écrit de journal d’avancées la semaine dernière, alors que j’ai beaucoup plus avancé que la semaine précédente.
Lecture d’Hubert Guillaud, Les algorithmes contre la société.
Relecture croisée de Baudelaire et de Mallarmé. Impression que Mallarmé l’a emporté : malgré des poétiques différentes, partout la recherche de densité, que ce soit par l’image ou par la syntaxe. Les poèmes contemporains manient sans cesse la brachylogie, l’anacoluthe, l’ellipse, l’allusion, toutes ces figures chères à Mallarmé et que Baudelaire n’utilisait qu’avec parcimonie. Baudelaire me paraît désormais un auteur facile, ce qui est peut-être bon signe, peut-être pas, -pour moi, veux-je dire, car en termes de ce qu’on appelait autrefois « qualité », Baudelaire demeure loin au-delà du commun des poètes.
La semaine dernière, songé à une thèse hors-contrat sur la poésie contemporaine. Ouvert un fichier, écrit quatre lignes ; puis, pendant sept jours, plus rien.
Reçu le livre de Nicolas Fréry, Marivaux penseur.
J’ai passé le mois de janvier à faire le vide, et pourtant tout semble encore plus en chantier qu’avant.
les oiseaux en nous réveillant pourraient
briser le rêve de notre civilisation
mécanique avec ses grandes cités
industrielles ayant colonisé le ciel
avec des œufs télécabines
on les appelle mais ils ne répondent pas
aux noms latins que nous avons cousus pour eux
dans l’étoffe des bruits de moteur
Pierre Vinclair, Birdsong, page 122.
Je suis en train de lire Les Forces de Laura Vasquez. Ce qui m’a motivée c’était de comprendre pourquoi son écriture n’arrivait pas à me convaincre. J’ai toujours besoin de comprendre pourquoi je n’aime pas. J’ai pris une multitude de notes . Pour n’en faire rien d’autre qu’un dialogue avec moi-même…
La poésie de Pierre Vinclair m’est lumineuse de suite en revanche.
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Certains éléments de la poésie de Laura Vazquez me plaisent, d’autres moins. Mis à part la toute fin, son roman m’a transporté. Il faut dire que j’apprécie beaucoup les « romans de poètes », qui reviennent d’ailleurs à la mode en ce moment. (Il y a par exemple « La Mer et son double » de Julia Lepère, chez le même éditeur que Laura Vazquez.)
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Est-ce que c’est le cas pour toi aussi des romans de Cécile Coulon?…Ah la mode en poésie…
J’ai eu du mal à définir ce qui ne me plaisait pas dans l’écriture de Laura Vasquez…Si ce n’est un procédé qui m’a fortement rappelé l’analyse de phrase » en arbres » qu’on enseignait quand j’étais petite, soit fin des années 70, une reprise de chaque élément, enrichie interminablement…Peu ou pas de fulgurances pour moi…
Fulgurances que je trouve chez Vinclair ou Joël Bastard par exemple.
Je vais lire la mer et son double.
Merci Clément.
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Comme roman de Cécile Coulon, je n’ai lu que « La Langue des choses cachées », objet que j’ai trouvé très singulier, car le récit en lui-même était très bon, mais entouré d’un prologue et d’un épilogue très mauvais, et l’édition faisait peine (la couverture et la quatrième de couverture donnaient l’impression qu’on allait lire un mauvais délire new age).
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Bon…Tu me confortes dans l’idée que parfois je lis avec des idées préconçues…Vais relire aussi.
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