Éclatements

Autrefois, j’aimais la poésie é
clatée, déchirée, insensée, cherchant
la fin du sens. Maintenant, écoutant
et lisant mes élèves, j’ai l’impres
sion d’y voir ces poèmes anciens-nouveaux
caricaturés, en éclatements
non-voulus, péniblement vécus, non
par moi (c’est mon boulot), mais par eux-mêmes.

L’éclatement, comme loisir d’élite,
n’est plus un rêve mais un cauchemar, –
ne valaient pas mieux les formes anciennes.
On reprend les mots depuis le début,
syntaxe et rêve depuis le début, –
le début, comme tout, n’existe pas,
fiction parmi les milliers de fictions.
Écoutant FranceInfo, là aussi, l’im
pression d’évaporation de la langue,
et de ce qu’on appelle parfois monde.

Alors on dresse des catégories
futiles, de grandes idées poé
tiques, en riant tout de même un peu
quand certains le prennent au sérieux.

Puis, écoutant pendant une heure John
Coltrane, je me dis que c’est cela :
maîtrise technique, art de la syncope,
oui, c’est cela qu’il nous faut. En riant
avec un implacable sérieux.

2 réflexions sur “Éclatements

  1. Je me souviens d’un vieux concert à Sarlat. Miles Davis nous tournait le dos, à nous, son public. Les autres musiciens étaient bien face à nous et jouaient un jazz magnifique. Puis Miles Davis a posé cinq notes, simplement, et tout est devenu sublime. C’était de la sincérité pure, sans artifice.
    À l’inverse, j’ai toujours eu le sentiment que Jeff Koons représente une autre facette de l’art : une démarche qui, pour moi, relève davantage de la séduction commerciale que de la sincérité.
    Il existe des poèmes et des poètes profondément sincères, dont chaque vers semble jaillir d’une nécessité intérieure… et d’autres qui, à mes oreilles à mon âme, sonnent creux, des artifices fabriqués pour impressionner sans vraiment toucher.
    Au fond, c’est la même opposition qui me frappe : la sincérité contre la vénalité, ou du moins contre une forme d’artifice. Deux conceptions de l’art qui coexistent, mais qui ne provoquent pas la même émotion. l’une est l’amour, l’autre la colère.

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