Terminant V13 d’Emmanuel Carrère, j’en reviens au constat désormais définitif dans la critique : Carrère est un excellent journaliste, ses livres sont très intéressants quand il parle d’autre chose que lui, très mauvais quand il parle de lui. Là, c’était un livre qui ne parlait pas lui, on était du bon côté de la Force. L’Adversaire est désormais un classique (je me range à l’avis de Javier Cercas dans L’Imposteur, livre qui n’est visiblement pas devenu un classique, mais demeure le véritable chef-d’œuvre de la « littérature du réel »). Je suis vivant et vous êtes mort, V13, et surtout Limonov, bons livres. Un Roman russe, Le Royaume, Yoga, mauvais livres. Dans V13, quelques facilités parfois, mais j’aime bien les récits de procès (ce sont les procès des attentats du 13 novembre 2015), et l’aspect informatif valait la lecture.
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Les passages piétons ont été inventés pour que les Français aient la fierté de ne pas les utiliser.
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Mutation obtenue.
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Le bingo des élections municipales : méditations sur l’abstention ; la fameuse sexangulaire de ville moyenne ; les alliances du second tour ; montée de l’extrême-droite (ou pas ?) ; « LFI de gauche ou d’extrême-gauche ? » ; tout le monde focalisé sur Paris parce que « tout le monde » cela veut dire « tous les journalistes » et tous les journalistes des médias de masse vivent à Paris.
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Dans tous les villages que je connais un peu, sur les listes « sans étiquette » se trouvent au moins une personne d’extrême-droite. Public Sénat a eu la bonne idée, sur son infographie des résultats, de mettre les victoires « sans étiquette » en gris-noir, couleur souvent réservée à l’extrême-droite. Dans ce cas-là, le résultat des municipales s’interprète comme une marée d’extrême-droite.
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Les chiffres du syndicat indiquent que les violences envers enseignants et AED sont en hausse exponentielle.
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« Tu ne pourras plus jouer au poète maudit quand tu seras dans une région ensoleillée. »
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Il faudrait taper toujours sur le même clou, mais je prends le marteau pour taper n’importe où, et parfois cela me revient sur la tête.
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Parfois j’ouvre l’onglet « Ajouter article », ai vaguement quelque chose à dire, puis laisse les lignes s’étendre pour le simple plaisir d’arriver entre 800 et 1 000 mots. Des bavardages, comme les élèves.
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Apprécié le dernier album d’Archive.
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Je déroule la rubrique « Éducation » sur le site The Conversation : tout est étouffé sous les réflexions concernant le numérique, le tout saupoudré de harcèlement et du millième article pour dire « les anglicismes c’est pas grave ». Côté pédagogique ou didactique, rien.
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Refermant la rubrique évoqué ci-dessus, je me rends compte que l’essentiel de mon activité numérique, désormais, consiste en la lecture de blogs sur WordPress. En termes de temps et de lignes, le reste est devenu minime. Je regarde vite fait Google Actualités pour vérifier qu’il n’y a pas encore de guerre mondiale (en fait, si, il y en a un peu une, alors je vérifie l’évolution de cette guerre), je fais les tops SensCritique de ces dernières années pour décider quel album je vais écouter, déroule à peine les réseaux sociaux, et c’est tout. (Mais ça fait beaucoup, peut-être.)
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Pas su me décider concernant le prochain livre de poésie à lire, alors je ne lis plus de poésie récente, seulement des poèmes épars que je pioche dans la bibliothèque, un Mallarmé par-ci, un Tsvetaeva par-là, et ainsi de suite.
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Songe en même temps à la question de l’enseignement du lexique en collège et au travail du lexique dans la poésie contemporaine. Deux mondes qu’un esprit positif eût aimé réunir, en montrant qu’il y a une ligne allant de la poésie contemporaine à l’enseignement du français en collège, mais un esprit négatif dirait que non, ces deux mondes sont entièrement étanches, du moins dans la poésie contemporaine que j’apprécie le plus. J’avais un projet cet été, d’une séquence de 3e qui se fonderait sur l’œuvre collective « Le Peuple du Rhône », publié notamment dans la revue Catastrophes, mais les tâches furent trop nombreuses, c’est passé à la trappe.
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J’aimerais quand même ajouter une blague au bout de ces fragments pour que tout ne paraisse pas si sombre. Quand j’écris normalement, presque automatiquement, mes proches me disent que mes textes sont déprimants ; quand je parle normalement, presque automatiquement, je ne fais que des blagues, je dois me retenir pour ne pas être affligeant.
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Plutôt apprécié Un Parfait Inconnu de James Mangold. Sans doute est-ce lié au fait que j’apprécie Bob Dylan, Joan Baez et Johnny Cash. J’apprécie aussi les artistes qui savent se renouveler, et ce film traite bien d’un renouveau : le moment où Dylan abandonne la folk pour passer à la guitare électrique. Autour, ses histoires de cœur, avec le classique de l’artiste pénible qui fait passer son art avant les femmes, et donc qui fait souffrir les femmes (plusieurs, évidemment), mais ça passe parce que c’est un artiste. Baudelaire appelait ça « un poncif », et d’ailleurs c’est un peu Baudelaire qui a inventé ce poncif.
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On dépasse les 800 mots, « temps de lecture 4 minutes », emballé c’est pesé, publier article.