Pour un repos

L’habitude de devoir être efficace s’étend partout : efficace au travail, efficace dans ses loisirs. Les réseaux sociaux nous invitent à mettre en scène notre efficacité de vacanciers : je suis allé là, j’ai goûté telle spécialité locale, regardez ce beau panorama que j’ai réussi à prendre.


Cela n’est pas une critique surplombante : l’été, je me dis qu’il faut que je « rattrape mon retard » : en lectures, en écoutes musicales, en films, en écriture. Même quand je veux me reposer, une sorte de mauvaise conscience s’établit : tu pourrais faire du travail intellectuel au lieu de rêvasser. Ceci provient de la double vie : enseignant d’un côté, scribouillard de l’autre ; deux emplois où l’on pourrait toujours faire plus, toujours retravailler, toujours lire plus et réfléchir plus, où le travail est par essence perpétuel.


Aussi ai-je toujours eu coutume de dire : « J’adore les vacances, c’est le moment où je peux enfin travailler.*


Pourtant je sais bien que cette logique instinctive, probablement issue entre autres du dressage des classes préparatoires, mène à plusieurs conséquences mortifères : pour l’individu, l’épuisement physique et moral ; pour l’espèce, une débauche d’activités qui concourent in fine à plus de consommation d’énergie, donc au réchauffement climatique, etc.


Par éthique, il faudrait en faire beaucoup moins. J’ai déjà écrit là-dessus, trop peut-être. Il faudrait que chacun s’arrête, se repose, réfléchisse, qu’on cesse pendant un long moment la débauche effrénée d’activités erratiques.

On se rassure en se disant que les activités culturelles consomment moins que d’autres. Cela dépend des conditions de ces activités, mais soit.


Terminé Guerre et Paix. Aujourd’hui nous montons à Paris voir Nine Inch Nails en concert. Descendons ensuite voir Fontaines D. C. près de chez nous, à Aix-les-Bains (Air passe juste avant). Ensuite, la Corse, chez le grand-père d’Anaïs. J’ai bâti la pile à lire pour les deux semaines en Balagne. Là-bas, oui, le repos, ne rien faire. Ou alors autre chose, autrement, plus profondément. 

3 réflexions sur “Pour un repos

  1. Vous nous laissez sur des termes qui parlent.
    « plus profondément », me rappelle le début : s’agit-il d’habitude ou d’addiction ?
    « autre chose, autrement », serait-ce un grand risque, ou un piège ?

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