Quand j’ai commencé à écrire, vers mes quinze ans, c’était pour devenir quelqu’un d’autre. Vouloir être authentique est une quête vaine. « Authentique » ne veut rien dire. On entend souvent par là : ne pas penser comme tout le monde, avoir son propre style. On devrait alors plutôt dire : je veux être singulier. « Authentique » dans le sens classique de « fidèle à l’origine », cela veut dire : fidèle à la nullité.
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À l’adolescence, entre treize et quinze ans, arrive ce moment qu’on qualifie parfois de crise, dont le fond est la capacité à voir sa nullité sans être capable de lutter contre elle. On se voit dire une absurdité, agir bêtement, on comprend qu’on ne comprend rien, sans avoir les outils pour surmonter tout cela. Ici, même sans prétention littéraire, écrire est utile : sur le papier, sur l’écran (mais plus efficacement sur le papier), on pose les erreurs, les frustrations, on apprend à les comprendre et à les dépasser.
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La crise n’est pas une mauvaise chose : elle signifie qu’on est encore en vie.
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À quinze ans, j’avais besoin de devenir autre, c’est-à-dire, très banalement : devenir un peu moins con. Y repensant ces jours-ci, je me dis que l’écriture a toujours été chez moi une forme de lutte contre la médiocrité. S’il y a eu beaucoup de passages sur la médiocrité des autres ou de la société ou du monde en général, le fond était surtout la lutte contre ma médiocrité à moi.
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Amadou Hampaté Bâ dit quelque part que le problème des occidentaux vient de l’abandon, dans leurs cultures, de la volonté de devenir meilleurs, en se référant à des « anciens » plus ou moins mythiques. Quand on perd cet idéal personnel, on le compense par la volonté de conquête des autres peuples et par la domination guerrière et monétaire. Peut-être est-ce cela qui me met en marge de mes contemporains : mon problème a toujours été l’effort intellectuel et existentiel pour devenir meilleur ; et, quand on me signale que j’ai eu telle ou telle réussite, je pense toujours, avec une honte profonde, aux artistes anciens que j’admire, et par rapport auxquels nous sommes tous de simples bateleurs.
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Un monde serein serait un monde sans écriture, -c’est la grande angoisse d’Aldous Huxley.
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Une hypothèse en réponse à la question « Pourquoi l’essentiel de la littérature est-il déprimant ? » : les artistes déposent leurs tristesses et leurs angoisses dans l’écriture pour ne pas les vivre dans le monde réel. De même, les lecteurs lisent des horreurs pour s’en purger. Depuis le début, je suis convaincu qu’Aristote avait raison avec son concept de catharsis. D’ailleurs, les gens qui ne lisent que des livres feel good, comme on dit, sont généralement les plus déprimés.
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Je ne ralentis pas assez vite.
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Certains livres m’ont déplu mais ont eu sur moi une influence profonde. Pourquoi est-ce que je repense sans cesse à Love Me Tender de Constance Debré, alors que j’en avais peu apprécié la lecture ? Quelque chose autour de l’organisation de la vie de la narratrice, son existence dans un appartement minuscule, ses habitudes rituelles et son refus d’intégration au monde social normé, à toute idée de carrière ou de monstration sociale. Des éléments se sont intégrés à la structure profonde de mes pensées. Le plaisir esthétique n’y a aucune espèce d’importance. (Probablement, aussi, repensé-je à ce livre du fait que la lecture à petits pas du Livre de l’intranquillité de Pessoa, à cause du thème de la solitude dans la banalité.)
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Tristesse en apprenant la mort de Marjane Satrapi.
« pour ne pas les livre dans le monde réel »
Ne rien retoucher, je crois
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J’avoue, j’ai craqué et j’ai corrigé, même si j’apprécie habituellement les coquilles contenant des perles.
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