Pierre me conseille d’écrire des lunch poems,
je réponds d’abord que je n’aime pas
beaucoup les lunch poems et Frank O’Hara,
puis me rappelle que j’écris souvent
ainsi, rapidement, entre deux interstices,
Julien ajoute alors qu’il était impressionné,
autrefois, en prépa, quand il me voyait écrire
si vite, et je lui réponds mmh, je crois que
l’expression que tu utilisais à l’époque était
diarrhée verbale, il est tout gêné, j’éclate
de rire, lui met une bourrade à l’épaule (pas
trop forte, pour que la bière ne verse pas),
il avait raison, mes poèmes de l’époque étaient
très mauvais, trop de grigris, de métaphores
fétiches, de pirouettes de bateleur, trop
néo-lyrique, après quoi Pierre s’exclame
ce n’est grave le lyrisme ! et il a raison,
ce n’est grave le lyrisme, je le maîtrisais
juste mal, et surtout, ma fidélité au surréalisme
était le respect de la dictée de la pensée, sans
barrière morale ou sociale ou esthétique,
mais comme ma pensée était bête, cela
donnait des poèmes bêtes, c’est aussi bête
que cela, désormais je tente de ciseler mes
poèmes, mais je garde aussi des temps de
poèmes sous la dictée de la pensée immédiate,
et un trouble me tient, sur ce blog : plus le
poème publié est écrit rapidement, plus il
obtient de j’aime et d’éloges, plus le poème
publié est travaillé et réfléchit, plus il suscite
l’indifférence polie, je n’écris pas le temps
d’écriture, évidemment, mais c’est ainsi, et
cela correspond d’ailleurs assez aux appré
ciations d’Anaïs : dès qu’elle me dit qu’un
poème est réussi, c’est pour un poème écrit
très vite.
Alors me voici avec mes poèmes écrits
très vite, mais je ne dirai pas si celui-ci
fut écrit très vite. Ce n’est, en tout cas,
pas un lunch poem, plutôt un party poem.
Cela n’a rien à voir, peut-être.