L’autre jour, écoutant la radio. Découverte, à la Bibliothèque Nationale de France, d’une partition contenant un morceau pour flûte et harpe de Mozart. Création par des musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Première écoute sur France Musique. C’était beau.
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Il est des œuvres dans lesquelles on n’entre pas. Chacun pourrait lister ce qu’il voit d’autres admirer, ce qu’il aurait toutes les raisons d’admirer, mais ne parvient pas à admirer. Ainsi ai-je vu un grand nombre d’œuvres de Matisse et lu un grand nombre d’articles expliquant pourquoi c’était un immense artiste, mais n’étais-je jamais parvenu, jusque-là, à admirer son œuvre. C’est le blog de Serge Bonnery qui m’aiguille vers ses derniers œuvres, via l’exposition au Grand Palais. Je ne pourrai pas m’y rendre, aussi en suis-je réduit aux recherches internet. Plusieurs propositions me frappent, beaucoup plus qu’aucun Matisse ne m’avait jamais frappé. Et c’est par cette porte, après plusieurs essais infructueux, que j’entre dans cette œuvre profonde.

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Injonction contradictoire dans l’apprentissage du français : au Brevet, on demande aux élèves d’interpréter, de manipuler, de réfléchir sur des éléments difficiles ; au bac, ils peuvent avoir, en dissertation ou à l’oral, une excellente note en recrachant bêtement un cours appris par cœur. Si l’on poursuit les évolutions récentes des épreuves dans ces deux matières, le Brevet pourrait à terme devenir plus difficile que le baccalauréat.
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On réduit parfois la première Académie française à une réunion de barbons. Il faut dire que notre Académie actuelle fait tant de peine, qu’on n’imagine pas qu’elle pût avoir été autre chose qu’un mouroir. On retient aussi quelques décisions pénibles, comme l’écrasement du féminin par le masculin, devenu le « neutre » par la magie de la misogynie. (Misogynie explicite dans les textes et déjà dénoncée, à l’époque, par Mme de Sévigné.) On oublie néanmoins tout un siècle de discussion sur la langue, le vocabulaire, l’éloquence et la grammaire. J’y songe en lisant les textes de Vaugelas et l’appareil critique qui l’entoure : on manque d’une réflexion d’ampleur, aujourd’hui, sur le devenir de notre langue. Entre ceux qui voient dans toute expression hideuse une merveille pour peu qu’elle soit récente, et ceux qui refusent toute réforme de notre grammaire absurde, ou ceux qui refusent d’accepter que le français est aujourd’hui une langue façonnée par bien d’autres lieux que la France, on avance peu.
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Copies de bac terminées.
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Penser le français comme langue mondiale oblige à s’éloigner du premier mouvement de l’Académie : Guez de Balzac, par exemple, affirme la supériorité du français de Paris et fait la chasse au « gasconisme ». Les Précieuses font « une guerre mortelle contre le provincial » (abbé de Pure, 1656). L’Académie s’est construit comme dispositif de centralisation.
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Ces dernières années, on a revalorisé l’héritage des Précieuses, en partie dans la dynamique de « valorisation du matrimoine ». Cependant, au XVIIe siècle, les Précieuses voulaient que « le beau langage ne fût pas compris du vulgaire », contrairement à nombre d’académiciens (Vaugelas, La Bruyère, et bien sûr leur père spirituel à tous, qui ne fut pas académicien du fait de sa mort précoce, Malherbe) qui voulait une langue simple, claire et universellement accessible. (Le même idéal parcourt le Discours de la méthode de Descartes.) En sommes, les Précieuses étaient bien plus élitistes que les académiciens.
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Le livre des « Linguistes atterrées », La Français va très bien, merci était une lecture vivifiante. Ce qui m’a manqué, et qui n’est bien sûr pas l’objet de ce « tract », c’est le problème de la beauté de la langue. Je sais bien que le terme « beauté » est assailli de toute part : Nelson Goodman lui a réglé son compte depuis la philosophie analytique, Pierre Bourdieu lui a réglé son compte depuis la sociologie, les scientifiques (dont les linguistes) ne peuvent faire leur objet d’une catégorie aussi obscure, pour ne pas dire périmée. Pourtant, même quand on a déconstruit ses préjugés culturels, qu’on a démoli les prétentions à l’universalisme de singularités passagères (celle de son pays, de sa classe sociale, etc.), il demeure qu’on lit des textes et qu’on les classe plus ou moins selon l’intensité de notre sentiment et de notre pensée envers eux. Il y a des proses qu’on trouve belles et d’autres non. Ce n’est pas lié à la correction de la syntaxe ou du lexique : bon nombre d’académiciens actuels respectent les règles élémentaires, ou du moins se font relire par des gens qui les maîtrisent, et sont pourtant des écrivains médiocres. Quelque chose résiste, qu’on continue peu ou prou d’appeler « beauté ».
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L’herbe déjà jaunie. Restent plus de deux mois d’été.