Fragments, 4 juillet 2026

Revues et blogs se mettent en pause estivale. Début des baisses de présence en ligne. C’est le moment où je sors la tête de l’eau, pourrais enfin lire plus abondamment et discuter. Décalage habituel, désormais.

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De même que la connerie peut être la décontraction de l’intelligence, le vers libre peut-être la décontraction de la prosodie.

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Nous regardons des émissions de téléréalité, moitié par besoin de décompresser, moitié par masochisme. Les participants parlent une langue étrange, qui ressemble au français, mais n’en a plus les structures logiques. On a tout de suite envie de constituer un bêtisier, comme le faisait le Zapping : « je suis venue pour me détendre, le cul en éventail », « il a mis les plats dans les petits plats », etc. Surtout, aucune cohérence entre les phrases. On dirait une parodie de poème objectiviste américain.

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Quand l’Académie française fut fondée, en 1634, elle avait pour objectif de créer un dictionnaire, un grammaire, une poétique et une rhétorique. Les Académiciens se sont rapidement perdus en discours pompeux et creux. Il leur a fallu soixante ans pour faire le dictionnaire, les autres travaux ayant été abandonnés. La première édition est publiée en 1694. Quatre ans plus tôt était publié le premier dictionnaire de Furetière : c’est lui qui fera autorité. Le dictionnaire de l’Académie n’a jamais été parmi les plus aboutis ; aujourd’hui, sur le marché, il ne compte même pas parmi les cinq ou six plus importants. La poétique a été écrite par Nicolas Boileau, publiée en 1674. (Il sera donc à juste titre élu à l’Académie française, à l’unanimité, peu après.) La grammaire a été écrite par les « messieurs » de Port-Royal. René Bary avait écrit une Rhétorique française en 1654 ; il y en eut d’autres, mais, à ma connaissance, aucune qui ait eu une influence comparable à ce que Boileau obtient avec sa poétique. Quand Fénelon écrit sa Lettre à l’Académie, en 1714, il l’appelle à une remise au travail ; en filigrane, on comprend que l’institution n’a pas fait grand-chose de ses quatre-vingts ans d’existence. Il y a certes eu de riches discussions, mais pas tellement plus à l’Académie qu’à l’Hôtel de Rambouillet ou dans les salons des Précieuses. Dès le début du XVIIIe siècle, en vérité, l’Académie ne sert déjà plus à rien : on a le dictionnaire (Furetière), la grammaire (Port-Royal), la poétique (Boileau), seule la rhétorique pourrait encore être discutée, à la limite. L’institution aurait dû, à ce moment-là, accepter la fin de son utilité, d’autres ayant accompli son travail, et se dissoudre. Depuis plus de trois siècles, elle ne sert à rien.

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