Ère des canicules relatives, je bois
un deux trois quatre cinq martinis,
les voisins déballent leurs aventures libertines,
est-ce un traquenard ? non même pas,
ils sont juste bourrés. Le barman me fait
de l’oeil. Rentrés à la maison on rigole,
je vais courir en forêt pour dessouler.
Dans le village un chat, une affiche de
Marine Le Pen déchirée, des gens chantent
en faisant le ménage. Sur le chemin
des tilleuls, des pommiers, des troènes.
L’eau coule claire, près d’un graffiti GHOST.
Devant les papillons je pense à Nabokov.
Je crois qu’il faut mettre en jeu son existence,
écrire des poèmes au risque de disparaitre.
Redescendant, silence relatif : peu d’oiseaux,
quelques avions, le vent vient et va.
Trajet en voiture, plongée dans le lac
du Bourget (ce serait romantique, n’étaient
paddles et canettes oubliées) : sur la plage,
j’essaie de lire Cărtărescu, mais ma con
centration n’est pas optimale. Je regarde
le bleu, la montagne. Pas de questions,
juste des faits, la pensée un fait comme
un autre. Rentré, linge, vaisselle, ménage,
repas, il faut s’abrutir. Ce jour dans l’eau
j’eus des émotions profondes, mais ne
peux rien en dire (brouillon grandiloquent).
Reste le bonheur d’avoir vécu ces instants
avec Anaïs.