Notes du jour, 28 septembre 2026

Les écrivains qui marchent écrivent nécessairement avec les pieds.

(Cette phrase n’est pas nécessairement à prendre comme une insulte.)

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Plus les « conseillers en communication » pullulent, plus les communications sont lamentables.

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On nous a vendu un « âge de la communication » : on n’a jamais aussi mal discuté. C’est que la « communication » n’était que celle de l’entreprise ou du gouvernant vers la masse. À cette « communication » (en vérité simple mot d’ordre : consomme et/ou obéis), il ne devait y avoir, surtout, aucune réponse.

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Là-dessus arrivent les réseaux sociaux ; on l’oublie, mais on a pu y communiquer, dans les commencements ; l’espace d’ouverture n’était néanmoins qu’un appeau pour capter nos données, nous envoyer des publicités ciblées et nous réduire au silence si nos propos n’avaient pas l’heur de plaire aux algorithmes.

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Il suffit pourtant d’aller boire un café chez quelqu’un pour retrouver de la vigueur. Des réalités innombrables s’ouvrent dans la conversation. Le lien, la convivialité, l’amitié : les vieilles recettes sont les meilleures.

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Rodéos de voitures la nuit. Temps diffracté, que tente de remembrer. Le livre Temps réel de Jean-Christophe Bailly aide un peu, que je lis en parallèle de La Ville en éclats, du même auteur. Marche sous le lever de soleil, et question : vaut-il mieux contempler ou s’adonner à la rêverie. Recollectionne les éléments à accomplir pour la journée. Réussir la journée, réussir la semaine, réussir le mois, réussir l’année, réussir la vie. Absurde. Tout ce qui advient de beau ou de profond dans l’existence arrive par l’irrationnel. C’est l’un des sens du concept de « rencontre » chez Deleuze, que Bourdieu a eu bien tort d’attaquer. (Dans mon cahier, ici un développement de critique sur le passage de Réponses dans lequel Bourdieu s’attaque à la « mystique de la rencontre », mais suis bien trop peu connaisseur du corpus bourdieusien pour que ma critique ait une quelconque prise sur lui, que d’ailleurs j’apprécie pour d’autres aspects.)

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Suis fatigué par la polémique autour de Thélyson Orélien, de l’IA et du plagiat, mais pas pour les raisons de ceux qui disent qu’ils sont fatigués par cette polémique : le fait est que j’ai lu trop de bonnes réflexions autour de ces débats (rien d’ironique dans ma phrase), cela m’a forcé à réfléchir intensément, j’en ai finalement conçu une grande fatigue morale.

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Les lycées en blocus. Anaïs : « En même temps, le ministère leur demande d’étudier Discours de la servitude volontaire. » Oui, après la relecture du livre, comment ne pas faire des liens avec l’arbitraire du pouvoir actuel ? En classe, un élève fait très explicitement le lien entre leur blocus et le livre. Ne perdant jamais une occasion de faire travailler la dissertation, je signale le paragraphe dans lequel La Boétie fait la différence entre la servitude (sous le tyran) et l’obéissance, pour laquelle il prend l’exemple des élèves face à leurs enseignants. Ai dû passer pour le prof conservateur ; j’ai l’habitude (chemise + littérature classique = « tout le monde sait que vous êtes de droite, monsieur », déclaré par un élève il y a quelques années). Comme je suis en grève demain, cela troublera peut-être les analyses.

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Je suis un écrivain qui marche. J’écris avec mes pieds.

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František Kupka, Les Touches de piano,1909.

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