Pour un repos

L’habitude de devoir être efficace s’étend partout : efficace au travail, efficace dans ses loisirs. Les réseaux sociaux nous invitent à mettre en scène notre efficacité de vacanciers : je suis allé là, j’ai goûté telle spécialité locale, regardez ce beau panorama que j’ai réussi à prendre. Cela n’est pas une critique surplombante : l’été, je me dis qu’il faut que je « rattrape mon retard » : en lectures, en écoutes musicales, en films, en écriture. Même quand je veux me reposer, une sorte de mauvaise conscience s’établit : tu pourrais faire du travail intellectuel au lieu de rêvasser. Ceci provient … Continuer de lire Pour un repos

Sous la chaleur

Lever 5 h 30. J’ouvre la fenêtre et me dit qu’il fait enfin frais. Le lever de soleil est beau. Il faudrait, ces temps-ci, se lever à 5 h pour profiter, et se recoucher vers 11 h. Voire vivre la nuit ; nous y viendrons. Le matin dans la voiture, Trent Reznor chante : « I drag you down, I use you up / Mr Self Destruct ». Pendant les pauses, j’avance dans le deuxième tome de Guerre et Paix. La guerre est revenue. Nicolas Rostov cesse de se demander qui il doit épouser, et se jette dans la mêlée. On lui … Continuer de lire Sous la chaleur

Querelles d’appréciations littéraires

La deuxième partie de l’oral de français met en jeu l’appréciation personnelle d’une oeuvre lue dans l’année. Un problème vient du fait que les livres étant très nombreux (plus de 50 possibilités dans mes descriptifs), le correcteur, ayant reçu les listes de texte seulement un ou deux semaines à l’avance, ne peut pas tout tout lire, puisqu’il y a souvent des œuvres, notamment dans les best-sellers contemporains, que nous n’avons jamais lus. Cela entraîne une difficulté dans la composition des questions et surtout des biais dans la notation. Un deuxième problème est celui de l’appréciation littéraire. Évidemment, nous notons sur … Continuer de lire Querelles d’appréciations littéraires

Depuis une salle de classe

Parmi mes premiers poèmes, écrits vers mes seize ans, les thèmes de la chambre et de la salle de classe s’entremêlaient : deux lieux clos, oppressants, dont l’urgence était de sortir. Les textes contenaient bien sûr un romantisme du grand air teinté de vague écologie, et se perdaient en lamentations sur la modernité malheureuse. Plus tard on devient adulte et on comprend qu’avec de bonnes aérations, une chambre et une salle de classe peuvent être des lieux agréables. Je n’ai quitté ni l’une ni l’autre, et n’en suis pas malheureux, même s’il faut un passage au grand air de temps … Continuer de lire Depuis une salle de classe

L’effort

1 On nous demande de faire des efforts. L’arbre fait-il des efforts quand il pousse ? Ce n’est pas une question rhétorique : peut-être que oui, selon le point de vue. 2 Efforcez-vous de faire des efforts. Qu’est-ce que cela veut dire ? Fait-on des efforts pour devenir une meilleure personne ou pour mieux s’adapter à la structure de violence sociale ? 3 Un effort pour mettre fin au culte de la force. 4 Un poème ne s’efforce pas de dire quelque chose, il s’efforce d’être. 5 Les forts sont forts parce qu’ils ne font plus d’efforts. 6 « Vous n’avez … Continuer de lire L’effort

L’attente

1 Magnolias, rossignols et chênes se remettent sur la planche. L’oreille se lève. Au loin, j’entends un nouveau son. Je reconnais une Yamaha R9 2025. Elle traverse le poème de Schiller que je lisais, « Die Erwartung« . 2 Il n’y a pas de progressisme sans rock progressif. 3 Est-ce moi qui suis dans mon lit, ou celui qui rêve qu’il est moi et qu’il est dans mon lit ? 4 J’agis, j’attends des effets ; je n’agis pas, des effets se produisent. 5 Un poème devait s’écrire, s’écrier, je ne sais plus. 6 Naufrageurs partout, bateaux nulle part. 7 Parfois les … Continuer de lire L’attente

Fragments du 3 mai

Dans les eaux stagnantes, il y a le plus de vie.Céanothes, iris, œillets, rhododendrons.Un travailleur dispose un piège à ragondins.Anaïs dit qu’elle adore les marronniers.De scintillations sitôt le septuor.Vide, paix, contentement, apathie, silence,Vue globale, non intervention : le Principe.Spiritualité : profond comme le vide.Continuer le travail ironiquement.Un rire profond contre un rire superflu.On milite pour pouvoir un jour rire mieux.Cette nuit un rêve de fantasy : deux jeunespersonnes de deux familles ennemies s’aimentet parlent par télépathie. – Retour, boulot. Continuer de lire Fragments du 3 mai