Minima Moralia, 3

Le troisième aphorisme des Minima Moralia compte parmi les plus importants pour moi. La forme du recueil d’aphorisme invite à la fois à hiérarchiser les passages qu’on préfère, la forme non systématique le permet ; pourtant, cette forme existe justement pour qu’il n’y ait pas de hiérarchie, que tous les propos soient placés sur le même plan. Le risque est de piocher tel ou tel fragment, de ne s’intéresser qu’à un thème dans l’œuvre d’un aphoriste, négliger le reste, et s’amener vers des erreurs d’interprétation : les erreurs plus dramatiques ont concerné Nietzsche, mais Adorno pourrait subir le même sort. … Continuer de lire Minima Moralia, 3

Poésie du dimanche (16) : Ivar Ch’Vavar, « Hölderlin au mirador ».

J’entre dans l’œuvre d’Ivar Ch’Vavar à petits pas, car elle est entourée d’une certaine aura : les deux auteurs par lesquels je suis entré dans la poésie contemporaine de langue française, à savoir Yves di Manno et Pierre Vinclair, ont écrit … Continuer de lire Poésie du dimanche (16) : Ivar Ch’Vavar, « Hölderlin au mirador ».

Minima Moralia, 2

Le deuxième aphorisme des Minima Moralia de Theodor W. Adorno se centre sur le thème de la famille. Cela poursuit, nuance et développe une idée du premier aphorisme : Adorno avait alors présenté un personnage conceptuel, « l’intellectuel issu d’une famille aisée », qui s’est séparé des valeurs familiales bourgeoises. Le moraliste continue de haïr ces valeurs bourgeoises, mais il place cette haine dans un cadre sans naïveté ni innocente : il montre que cette séparation a elle aussi ses racines négatives, sa réintégration dans l’ordre d’un système de contrôle mutilant. Il y a en vérité trois moments dans cet aphorisme. Tout … Continuer de lire Minima Moralia, 2

Épaisseur du temps

Tout ce qui s’est fait d’importants’est fait dans l’épaisseur du temps.Bâtiments, philosophies, contrats sociaux, éducations, relations, vies profondes. Pas seulement dans le temps long, mais dansle temps épais. Parfois cela n’a l’airde rien. Parfois on n’a rien fait et on a bien fait. Le temps épaisest celui où tout se mélange, rien-tout,long-court, calme-frénésie, antique-moderne, vie-mort.Ainsi sur la route départementale près de Belleytu pensais à mariage et poésie et Tokarczuk et copies et pneus et vers arithmonyme. Épaisseurproférée et sans interprétation. Le temps présentet le temps passé… (non, autre poème). Épaisseurrythmée, ou pas. Paradoxes épais comme le temps. Continuer de lire Épaisseur du temps