Je fais quelque chose d’inhabituel : je relis les articles écrits sur le blog. Suis embêté par les coquilles et les répétitions. Je le fais pour reprendre de la matière : à deux reprises, on m’a encouragé à en faire un livre, autour de deux thèmes très différents.
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Deux lectures que j’attendais et commence ces jours-ci :
1° Amine Messal, Erreur sur la marchandise. Critique libérale du libéralisme. Il était temps que quelqu’un s’attelle à démontrer cette évidence : le néolibéralisme est illibéral, viscéralement autoritaire, en opposition complète avec le libéralisme classique, dont il usurpe le nom.
2° Élodie Boissard, Une histoire française de la dépression. Là aussi, une vieille réflexion : comment est-on passé de la mélancolie à la dépression ? Et une idée vague que j’ai depuis la lecture d’Adèle Yon, Mon vrai nom est Elisabeth : n’y a-t-il pas, depuis les années 1980 et le passage de la psychiatrie au « modèle médical strict », une réduction du traitement psychiatrique aux médicaments, avec une baisse dramatique de l’écoute des patients ?
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Les roses blanches ont poussé.
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Envie de me résumer à ça : le type qui chronique un livre de poésie par dimanche.
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Dans le sentier de ma balade du samedi, les fleurs d’acacia toutes tombées. Au jardin tout proche, seringas pimpants.
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400e article sur WordPress.
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En poésie comme en politique, on ne se rendra pas sans combattre.
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Tous les poètes, même quand ils sont au centre du jeu éditorial, continuent de se croire à la marge. -Peut-être, en poésie, n’y a-t-il ni marge ni centre. La poésie elle-même est à la fois au cœur et à la marge du langage.
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Oscillations.
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Découvrant l’introuvabilité de certains livres de Sebald, une angoisse: ne devrais-je pas acheter certains livres importants immédiatement, de peur qu’ils ne disparaissent des circuits ? Je pense à la collection Poésie/Flammarion, qui vient de s’éteindre et dont les ouvrages ne seront probablement jamais réimprimés, -mais aussi à Imre Kertész, souvent lu par emprunt et non acheté, à Heiner Müller, à la poésie états-unienne et sud-américaine chez José Corti…
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Début de la séquence de 3e sur la science-fiction.
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Les 6e scandalisés par les enfants qu’Ulysse fait à Circé et Calypso lors de son voyage, pendant que Pénélope l’attend sagement. Je repense à la phrase de Tyler Durden sur son père, dans Fight Club : « Le salaud, il monte des franchises. »
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Les blogs, par ici, semblent disparaître un à un. Un phénomène m’échappe-t-il ? Je repense à tous ces réseaux éphémères : les années 2000 avec les Skyblogs puis un Facebook où voir débarquer un adulte était impensable ; puis dans les années 2010, mes interventions limitées à SensCritique et Twitter, avant d’un côté la mise à jour ayant entraîné des départs massifs du premier site, de l’autre la reprise en main par Elon Musk ; et désormais, WordPress et vaguement BlueSky, le reste juste pour regarder ; tout cela qui aura disparu dans peu de temps ; tout cela bien absurde.
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Il faut être sans complaisance, mais sans atteindre cet état de ceux qui, se croyant « sans complaisance », sont uniquement pénibles.
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Notifications, intempestives.
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La scolastique, c’est la disparition des objets. Danger qui guette toujours la pensée. La pensée aime à se rêver hors du cerveau.
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Relisant les fragments et riens et avancées, je mesure que Kawase Hasui est probablement l’artiste sur lequel j’ai le plus écrit, -mais jamais rien de vraiment développé, seulement des rapides estampes.
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Paysage et tas d’âmes.
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La pluie lavera-t-elle quoi que ce soit ?
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Couper, bifurquer, décaler, embrayer, rayer, marquer, marketer, découler, dévider, éviter, évier.
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Des objets se posent, averbaux, mais là n’est pas le but : le but : l’objet réticule et fait exploser les autres objets : cela compose l’imaginaire, ranime le rêve.
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Il est né, il a rêvé, il n’est pas mort.