Poésie contemporaine : un camp autour des métaphores et personnifications, un camp autour des ellipses et allusions. Dans les deux cas, amour de la brachylogie.
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Le vers libre n’est pas nécessairement un vers émancipé : si on n’y prend pas garde, il devient le vers libéral.
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Ovide, premier postmoderne.
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Un fragment nécessite une fragrance.
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Il se croyait un génie : il était ingénu.
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J’ai trop lu Nietzsche dans ma jeunesse pour ne pas rire quand je vois un intellectuel pérorer avec un implacable sérieux sur les « grands thèmes ». Ceux qui me font le plus rire sont les nietzschéens, et Nietzsche lui-même.
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Je lis Élagage d’Yves di Manno, rassemble mes notes dans l’espoir d’en tirer un article qui ressemble à quelque chose, mais hésite entre l’analyse distanciée et le rapport plus subjectif avec le texte, qui risque de virer à l’éloge un peu naïf. En tout cas, parmi ce que j’apprécie à sa lecture, il y a ceci : l’impulsion, après chacune de ses proses critiques, vers un nouveau chantier de lecture, le besoin vorace d’aller lire tout ce dont il parle. (Effet qui n’est, en vérité, pas si courant que cela.)
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Critique : si tu ne fais que donner ton avis, on te traite de journaliste, de naïf, voire de populiste ; si tu fais une analyse technique, on te traite d’élitiste.
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Difficulté pour les gens de comprendre les ethoï numériques. La plupart des internautes ont une seule ligne, un seul objet d’étude, arrimés à une pensée politique unifiée et définitive. Ils ne comprennent pas qu’on puisse partir dans tous les sens, chercher, errer, dire une chose puis l’autre. Mon ami J. H. me disait une fois qu’il aimait, sur les réseaux, ma liberté de ton, – lui avait, de son côté une page de promotion professionnelle, -mais, depuis début 2025 et mon recentrement sur la poésie contemporaine, peut-être suis-je aussi un internaute à une seule ligne, -d’ailleurs, les lecteurs disparaissent quand je sors de cette ligne. J’essaie d’expliquer qu’on peut aimer l’enchaînement entre articles savants d’un sérieux implacable et messages humoristiques d’une stupidité monumentale. L’un n’empêche pas l’autre, -au contraire, aurais-je envie de dire. Seulement, il y a toujours un fâcheux d’un côté pour dire que la vie intellectuelle est futile et vaine et qu’il faut juste profiter de la vie, de l’autre un agélaste pour hurler ou soupirer aigrement dès qu’on se permet de rire. Les auteurs et blogueurs que j’apprécie cèdent parfois à l’un ou l’autre de ces bords. J’y songeais en naviguant sur Threads, ce réseau de l’enfer : je trouve l’essentiel des messages idiots, mais en même temps, je n’avais pas autant ri depuis un bon moment.
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J’étais vieux à la naissance.
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Ma première fille et une de ses amies consultent « Le Grand Livre des Licornes. Manuel officiel ». Chacun est invité à faire un test pour déterminer quel type de licorne nous sommes, -je vous épargne les querelles typologiques concernant les espèces de licornes, ce serait tout un poème. Verdict : je suis une « fleur des bois ». Toutes les présentes autour de moi me taquinent, car elles sont toutes des « flammes du désert » : je suis le type candide et sociable, alors qu’elles sont des solitaires flamboyantes. Ma grande finit par prendre un air sérieux pour dire : « Heureusement, nous ne sommes pas des suiveuses d’orages : la vie de ces licornes-là est très triste. »
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Uno, bataille, sept familles, puzzle, Abalone, Stratego. Nous n’avons pas encore sorti le Risk Seigneur des Anneaux. C’est un tort.
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En poésie comme en politique, il y a ceux qui prétendent être au-dessus des camps, des querelles, des débats. Cela ferait une bonne insulte, ça, « poète centriste ».
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Comme les filles deviennent spécialistes ès licornes, je pose une question qui me taraude depuis des années : le bébé de la licorne est-il un licorneau ou un licornet ? (Je défends la seconde option dès que l’occasion se présente.) Après consultation du « Manuel officiel », elles viennent me voir pour me dire : « Le bébé de la licorne s’appelle le babycorne. » Je hurle d’indignation.
J’aime l’idée de la fragrance associée au fragment. Je lui préfère souvent la couleur. Mais cela me donne l’envie d’une contrainte supplémentaire pour mes prochains tercets…
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Le babycorne. Même débat ici.
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Je découvre ce mot aujourd’hui même, il m’a désarçonné.
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