J’allais écrire un paragraphe sur les variations de température : la canicule de mai, la pluie froide de juin, menant à mon rhume actuel, -j’allais répéter que l’expression « Il n’y a plus de saisons » est désormais une expression prouvée par la science, et conclure par la formule Time is out of joint, que j’ai pris l’habitude de traduire par : « le temps s’est roulé un joint », avant de me rendre compte que je confondais ici, comme tout bon français, c’est-à-dire nul en anglais, time et weather, me mêlant ainsi avec le ridicule de Nicolas Sarkozy qui, accueillant Hillary Clinton sous la pluie en bord de Seine, s’excusa en disant : « Sorry for the time » (il avait été recalé à Sciences Po à cause d’une note éliminatoire en anglais), -heureusement, j’en écris ni n’en publiai rien.
**
Agréable et / and agreeable.
**
De nouveau des débats en ligne sur la poésie de Laura Vazquez. Je m’y intéresse, sans y participer, parce que je commence à bien connaître ses écrits et lis en ce moment Vous êtes de moins en moins réels. Un argument mobilisé par ses détracteurs : « Elle n’invente rien ». Peut-être : ceux qui connaissent bien le premier surréalisme trouveront peu de surprises dans les thèmes et dans la prosodie. Pourtant, il me semble qu’il y a bien chez Laura Vazquez une œuvre, une voix. Tout ceci m’oblige à la sempiternelle question : Pourquoi est-ce que j’apprécie ce livre que je suis en train de lire ? Un premier élément est l’unité de cette anthologie. Fluides corporels, muscles, os, substances organiques, intégrés dans une réflexion philosophique, avec un rythme saccadé. Des effets semblables se trouvent chez Artaud, chez Daumal, mais, déjà, être au niveau de ces gens n’est pas rien. J’essaie de dire ce qui m’intéresse dans sa poésie et suis tenté de le résumer bêtement par : « c’est frais ». Ses textes résistent à la sclérose.
**
« Tel auteur, telle autrice n’invente rien ». Les « inventeurs » sont bons pour les histoires littéraires, histoires qui réécrivent d’ailleurs ces inventions en les attribuant en vérité à ceux qui ont donné à ces inventions la meilleure forme, et non aux inventeurs eux-mêmes, toujours semi-oubliés. Beaucoup de grands écrivains ont leur style sans être de grands inventeurs de forme. La plupart des écrivains de valeur prennent des formes et les poussent dans une nouvelle direction. Parmi ceux qui m’intéressent le plus aujourd’hui, il y a les auteurs qui travaillent aux limites du sonnet et aux limites de l’aphorisme. (Laurent Albarracin entre dans les deux catégories.) Et, quand on apprécie un auteur, on finit toujours par trouver de l’inventivité chez lui. Inventer, c’est bon pour les enfants qui croient que personne n’a jamais joué avant eux.
**
La meilleur poésie est la poésie en pleine forme.
Mais peut-être que le temps aussi, s’est roulé un joint ? Je me demandais d’où venait les cendres, sables et poussières des sabliers… le mystère est résolu, merci ! Bonne soirée 😉
J’aimeAimé par 1 personne
Tout est disjoint parce que l’univers s’est roulé un joint ! (Tout s’explique enfin.)
J’aimeAimé par 1 personne
La poésie de Laura Vasquez m’ennuie un peu mais pas toujours-mais je crois que la fustiger à longueur de temps m’ennuierait bien davantage…
Et puis non, on n’invente rien…
J’aimeAimé par 1 personne
Je crois que son succès (certes relatif : en poésie contemporaine, dès qu’on dépasse 1 000 ventes, on tient le haut du papier) lui attire un certain nombre d’animosités peu fondées… Un certain nombre de gens, aussi, se pensent profonds parce qu’ils disent du mal ; de mon côté, je n’ai plus de temps à perdre avec ce que je n’aime pas ; quand je n’aime pas, soit j’ignore, soit je le dis une fois, puis passe à autre chose.
J’aimeAimé par 1 personne
Tu me rassures.
JEene l’ai dit qu’une fois.
Mais de manière mesurée.
J’aimeAimé par 1 personne
Oh, vraiment, je n’en voudrais à personne qui n’aimerait pas son oeuvre. J’apprécie, j’y trouve de la fraîcheur et elle a un style (ce qui n’est pas rien), mais ce n’est pas non plus ce que je mets au sommet de la poésie contemporaine ; je m’interrogeais sur cette question de « l’inventivité », sur laquelle nous sommes visiblement d’accord, et suis surpris que son nom revienne aussi souvent et de manière souvent virulente (dans l’éloge comme dans le blâme). Le débat polémique sur la poésie demeure de toute façon un bon signe de vie.
J’aimeAimé par 1 personne
Peut-être qu’elle n’est pas nouvelle cette défiance .
J’aimeAimé par 1 personne