L’attente

1 Magnolias, rossignols et chênes se remettent sur la planche. L’oreille se lève. Au loin, j’entends un nouveau son. Je reconnais une Yamaha R9 2025. Elle traverse le poème de Schiller que je lisais, « Die Erwartung« . 2 Il n’y a pas de progressisme sans rock progressif. 3 Est-ce moi qui suis dans mon lit, ou celui qui rêve qu’il est moi et qu’il est dans mon lit ? 4 J’agis, j’attends des effets ; je n’agis pas, des effets se produisent. 5 Un poème devait s’écrire, s’écrier, je ne sais plus. 6 Naufrageurs partout, bateaux nulle part. 7 Parfois les … Continuer de lire L’attente

Fragments du 3 mai

Dans les eaux stagnantes, il y a le plus de vie.Céanothes, iris, œillets, rhododendrons.Un travailleur dispose un piège à ragondins.Anaïs dit qu’elle adore les marronniers.De scintillations sitôt le septuor.Vide, paix, contentement, apathie, silence,Vue globale, non intervention : le Principe.Spiritualité : profond comme le vide.Continuer le travail ironiquement.Un rire profond contre un rire superflu.On milite pour pouvoir un jour rire mieux.Cette nuit un rêve de fantasy : deux jeunespersonnes de deux familles ennemies s’aimentet parlent par télépathie. – Retour, boulot. Continuer de lire Fragments du 3 mai

Bribes du 29 avril

Une certaine atmosphère de printemps vert.J’explique à ma fille comment marche un moteur.Méditation sur le sonnet contemporain.Le livre d’Ursula K. Le Guin me déplaît.Des champs de colza, l’odeur forte de glycine.Mauvaise conscience d’être un consommateur.Beaucoup trop de politique de courte-vue.Heureusement il y a Anaïs qui sourit.Mes journaux recommencent à être infinis.Songe au vers projectif, au hasard objectif.Faire le vide pour ne jamais le remplir.Pas de résilience, mais de la résistance.Pas de magie, si ce n’est le flux du réel.Mes filles dessinent bateaux, arbres, licornes. Continuer de lire Bribes du 29 avril

Prémonitions amoureuses

1. Quand j’avais environ cinq ans, ma grand-mère fit un rêve dans lequel elle allait « accueillir Anaïs à Noël ». Prenant ceci pour une prémonition, elle mettait à chaque Noël une assiette en plus, « l’assiette pour Anaïs ». C’était devenu une sorte de blague, au même titre que l’expression « vent du nord », que nous répétons à chaque Noël, « vent du nord, vent du nord », en contrefaisant la voix des anciens qui eux-mêmes la répétaient d’un air pénétré, les années où le vent venait du nord le 25 décembre, annonçant le mauvais temps pour toute l’année. Quand j’ai amené Anaïs pour la première … Continuer de lire Prémonitions amoureuses

Minima Moralia, 1

Dans le premier aphorisme de ses Minima Moralia, Theodor W. Adorno s’intéresse à la figure de l’intellectuel issu de la bourgeoisie. Il pense évidemment à lui-même, et les derniers paragraphes de sa préface ne s’en cachent pas, mais le « je » est absent de l’aphorisme, si bien que l’expérience personnelle est ici déplacée vers la réflexion générale. Continuer de lire Minima Moralia, 1