Fragments, 25 mai 2026

Comme j’avais vu ce nombre dans un article concernant le Prix de la Vocation publié chez Cheyne, je croyais que les publications de poésie contemporaine, chez les éditeurs les plus en vue, tournaient autour de 2 000 tirages. On se fait parfois ce genre d’idées fausses, fondées par association. L’autre jour, entre deux Cuba-Libre, je demande à P. le tirage de son dernier livre de poésie, publié dans une collection reconnue. 800 tirages, dont 200 partis au pilon. J’ai alors pleinement mesuré à quel point le champ était mince, à quel point ce que j’aimais était dans une niche, presque invisible.

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Douleurs de dos.

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John Locke, Benjamin Constant, John Stuart Mill : tous les auteurs du libéralisme classique passent désormais pour des gauchistes, tant la pensée de droite est convertie à l’obscurantisme. Parmi les mouvements de droite, le libéralisme et le conservatisme sont balayés par la réaction. Il y a quelques semaines, le Parti Socialiste publiait son projet politique, autour du mot « Liberté » : projet idéologiquement arrimé au libéralisme classique (donc forcément opposé au néolibéralisme, mais c’est une autre histoire). Dans un monde où les « socialistes » sont libéraux et les « républicains » opposés à l’état de droit, on ne peut que constater que le langage politique n’a aucun sens.

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Dix ans de mariage.

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J’ai désormais lu plusieurs « Grand Prix de l’Académie française » récents. J’allais dire que le niveau baisse mais, en remontant la liste des lauréats, à part quelques exceptions, il faut bien constater que le niveau n’a jamais été très haut.

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Maître Gims fait rimer « gorgonzola » et « inconsolable ».

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Il y a deux types de lecteurs de roman : ceux qui cherchent une narration comparable aux bonnes séries télévisées, ceux qui cherchent un long poème.

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À la dernière soirée, un ami me dit : « Je n’avais pas fait la fête depuis trois ans ».

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WordPress ajoute des badges pour les « accomplissements » de blogueur. On cherche visiblement à me pousser au vice. La même addiction depuis Pokémon.

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S’hydrater, ne pas boire d’alcool, ne pas sortir pendant les heures les plus chaudes, et ce dès la fin mai.

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Dans plusieurs librairies que mes amis et moi considérons comme de « bonnes librairies », le rayon poésie est marqué par la suprématie de Gallimard. Je ne trouve que très rarement des ouvrages issus des éditions que j’apprécie, même pas Poésie/Flammarion, sans même aller jusqu’aux éditions MF, Arfuyen, La Rumeur libre ou Le Corridor bleu. Ce que j’aime est dans une niche elle-même située dans une niche.

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Dans une de ces bonnes librairies (« De beaux lendemains », à Bagnolet), je prends Blanc de Han Kang. Je n’ai aimé aucun des deux Han Kang que j’ai lus jusque-là, mais je persévère. Le livre est au rayon poésie, la couverture et la présentation annoncent quelque chose de plutôt doux. Ces deux éléments sont traîtres. Le livre, présenté par l’éditeur comme « un voyage dans paysage de neige et de douceur », est en vérité d’une rêverie enclenchée par le souvenir d’un enfant mort-né. Par ailleurs, si le livre avait été publié en France dans la seconde partie du XXe siècle, il eût sans doute été sous-titré : roman. La forme est narrative, bien que fragmentée, et encore fragmentée de manière bien plus lisible que nombre des ouvrages du Nouveau Roman. Peut-être qu’on définira bientôt le poème comme « tout ce qui n’est pas du roman ». Comme le roman est un genre indéfinissable, plus rien n’aura de définition, –et pourquoi pas ?

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Nos amis nous disent qu’ils admirent notre bonheur, puis nous posent les questions qu’ils n’ont pas osé nous poser dix ans plus tôt : pourquoi un premier enfant si tôt ? pourquoi un mariage si tôt ? Anaïs répond : « parce que nous n’avons jamais cru que c’était impossible ». Je réponds, en paraphrasant Fight Club : « parce que nous étions absolument désespérés, ce qui nous a rendu entièrement libres ». Le fait est que, désespérés ou pas, nous avons été et sommes indubitablement heureux.

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