La guerre entre l’Ukraine et la Russie a désormais duré plus de temps que la Première Guerre mondiale.
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Les définitions poétiques de la poésie m’irritent de plus en plus, alors que j’en abusais dans ma jeunesse. « La poésie est l’éclair de l’âme », « la poésie est le déchirement de la langue », « la poésie est le renversement spirituel du monde », « la poésie est l’ouverture à l’univers », etc. : tout ceci peut être beau, mais demeure stérile pour l’écriture et la réflexion. Plus je vieillis, plus je deviens terre-à-terre : quelle prosodie ? quelle syntaxe ? quels mots ? quels sujets ? Il n’y a pas d’éveil au monde sans prise en compte de l’extrême humilité de nos actions et de nos activités. Le simple fait que des milliards de gens vivent très bien sans aucune poésie devrait inciter à revoir les prétentions à la baisse. On n’atteint les nuées qu’en partant du concret ; sinon, on croit nager dans l’éther, alors qu’on a le cul dans le brouillard. -Pour éviter les quiproquos, je dirais que j’en voudrais à personne posant une belle définition métaphorique de la poésie : vraiment, cela peut émouvoir et donner à rêver. En revanche, les phrases commençant par « Le poète » suivi d’actions mirobolantes et mirifiques, j’ai suffisamment donné.
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Les longues descriptions du début d’À la recherche du temps perdu, dont beaucoup sont désormais de célèbres morceaux de prose poétique, ont certes leur valeur propre. Cependant, elles trouvent une grande profondeur tragique, rétrospectivement, quand on atteint Le Temps retrouvé : l’allée d’aubépines, Combray, Méséglise, sont entièrement détruites au début de la Première Guerre mondiale. La beauté de ces paysages et l’impression produite sont perdues, ne demeurent plus que dans le souvenir du narrateur, et dans les lignes qu’il écrit.
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Dans les représentations mentales européennes, l’Afrique est liée au désert. Il y a pourtant presque autant de mètres carrés de forêt que de désert en Afrique. Cela vient d’une vision méditerranéo-centrée : les côtes méditerranéennes, et au-delà le désert, -c’est-à-dire en vérité l’inconnu. On surprend les gens quand on leur dit qu’une des trois plus grandes forêts du monde se trouve au centre de l’Afrique. D’autres décentrements : le pays du monde avec le plus de locuteurs francophones est le Congo ; le pays avec le plus d’habitants de confession musulmane est l’Indonésie. Nous sommes loin, très loin, d’avoir une pensée satisfaisante du monde. Depuis les Lumières, les penseurs cherchent des décentrements pour élargir les pensées, avec l’espoir final de parvenir à une pensée-monde. Cela nécessite un véritable universalisme, -mais le XIXe siècle a choisi l’affreuse trahison en mobilisant un pseudo-universalisme, qui consistait en fait à imposer des conquêtes violentes par un argument de civilisation. Le terme « universalisme » est donc en souffrance, et encore aujourd’hui souvent repris par des imbéciles, d’autres venant donc critiquer le terme « universalisme » en pensant qu’il s’agit de la version tronquée, et plus personne ne s’entend parler, les débats autour de ce terme sont devenus illisibles. Il faudrait quelqu’un de la stature de Spinoza ou de Kant pour y mettre de l’ordre.
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Beaucoup d’écrivains et critiques, depuis le milieu du XXe siècle, se sont ingéniés à justifier leur amour pour Proust par une argumentation sur ses aspects modernistes. Il fallait bien expliquer, surtout à gauche, qu’on n’aimait pas Proust pour les duchesses et les fleurs, cela aurait été un peu gênant. Pourtant, sa lenteur narrative et son labyrinthe ne sont pas d’une incroyable nouveauté pour qui connaît le premier romantisme, de même que ses scènes de prose poétique gratuite et ses digressions psychologiques, littéraires et philosophiques : qu’on songe ne serait-ce qu’à Senancour et Staël. Proust arrive dans l’histoire littéraire bien plus comme un couronnement que comme une nouveauté. Nous aimons Proust parce que nous non plus ne sommes ni modernes, ni contemporains, ni postmodernes ou que sais-je encore, nous sommes restés des romantiques, -nous n’avons pas significativement progressé, en prose et en pensée, depuis le romantisme.
C’est le manque d’intégrité en poésie moi qui m’irrite…
La recherche incontinente du mot rare censé faire poésie.
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Oui, cela peut tourner rapidement à vide également. De manière plus générale : toute répétition ad nauseam du même procédé finit par irriter. Cela explique sans doute la brièveté de bon nombre des recueils contemporains : il faut s’arrêter avant que son procédé ne lasse…
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Sans doute oui.
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Bon jour,
La poésie ne s’écrit pas… elle se vit…
Bonne soirée…
Max-Louis
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Elle se vit, elle sévit, elle fait des semis, elle sème de la sève : tout me va.
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