Fragments, 14 juillet 2026
Le mot « pacte » a été inventé par Montaigne. Le mot « pudeur » a été inventé par Desportes. Le mot « patrie » a été inventé par Du Bellay. Le mot « avidité » a été inventé par Ronsard. Le mot « félicité » a été inventé par Guez de Balzac. Ou alors, dans certains cas, sont-ils seulement les premiers à les avoir mis par écrit ?
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Phase durant laquelle je reprends des poèmes récents, dans l’optique d’un livre. Forme lâche, mais forme quand même. Des répétitions, des variations. Besoin de mélanger scènes et réflexions, que ce soit clair mais syncopé, musical sans amollissement.
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Lecture de Vladislav Khodassevitch, Nécropole. Retour vers la poésie russe de 1900 à 1940, ce chantier infini. Les Mémoires de Khodassevitch déploient d’abord des figures oubliées, ou du moins inconnues de moi ; les connues, comme Alexandre Blok ou dans une moindre mesure Goumiliov, sont d’abord à l’arrière-plan. À l’arrière-plan également la révolution bolchévique, illustrée simplement par ses conséquences : passage au communisme de petits-bourgeois arrivistes, exil des opposants, semi-exil de personnages comme Khodassevitch lui-même (officiellement parti de Russie pour raison de santé et ayant donc la possibilité d’y retourner). Le poète symboliste est à la fois mélancolique et ironique : la jeune intelligentsia de 1905 a l’air, sous sa plume, d’être composée essentiellement de cinglés.
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En philosophie comme dans la « littérature d’idées », on préfère souvent les auteurs avec lesquels on a le moins d’idées en commun.
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Amas de voitures au bord du lac du Bourget.
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Une bonne partie de nos troubles vient de ce que nous ne savons plus faire nos deuils correctement. Il suffit d’observer l’attitude débraillée des gens lors des enterrements. Ils se disent probablement que c’est mieux ainsi, qu’il faut montrer que « la vie continue » : attitude puérile, qui pose un tabou sur la mort, sur la souffrance, sur la peine, en vérité sur toute pensée un peu profonde concernant l’existence humaine, -attitude de consommateurs, pour qui la pensée de la mort ne doit être qu’un désagrément passager, vite expédié pour retourner au confort du supermarché global. Nous devrions, ces jours-ci, pleurer les doux étés enfuis, les morts de la canicule, les pompiers morts au feu après avoir été abandonnés par les gouvernements ; à la place, des feux d’artifice, un défilé militaire, un match de foot et une prolongation des soldes. Tout aurait dû être annulé, ne serait-ce qu’en mémoire des victimes de l’attentat de Nice, il y a tout juste dix ans. Nous devrions être assis dans le noir à méditer ou à composer des marches funèbres. Certains le font, et on pourrait imaginer ce rêve : la révolte silencieuse mais féroce des endeuillés.
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Si nous étions une époque à la culture triste, je me battrais pour la joie ; mais, face à la joie forcée qu’on nous assène pour nous inciter à la consommation, on ne peut s’empêcher de penser que, comme le dit la chanson de Lebanon Hanover, sadness is rebellion.
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Non plus un deuil personnel, ni un deuil national, mais un deuil universel, tant que les catastrophes climatiques dues à l’activité humaine sont une certitude scientifique.
Belle suite de réflexions.
Le débraillé des gens lors de funérailles m’horripile depuis toujours. J’ai ai déjà vus en jeans blanc slim et chemise hawaïenne. Imagine-t-on le mort ainsi vêtu dans sa tombe ?
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